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3 juil. 2011

L'Axe du Pacifique contre la Communauté d'Etats latino-américains et des Caraibes




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Les analystes impériaux doivent étudier la Communauté des Etats Latino-Américains et des Caraïbes avec déplaisir, préoccupation et confusion. Cette union colossale de 38 pays, qui exclue les Etats-Unis et la Canada, comprend 550 018 000 habitants distribués sur 20 446 902 km2, et la majorité de ses présidents sont de gauche ou pour le moins progressistes : Cristina Kirchner en Argentine, Evo Morales en Bolivie, Dilma Roussef au Brésil, Raúl Castro á Cuba, Rafael Correa en Equateur, Leonel Fernández en République Dominicaine, Álvaro Colom au Guatemala, Daniel Ortega au Nicaragua, Fernando Lugo au Paraguay, Ollanta Humala au Pérou, José Mujica en Uruguay, Hugo Chávez Frías au Venezuela, beaucoup des pays antillais et de Guyane. Ils administrent l’immense majorité de la population, du territoire et du Produit Brut d’Amérique Latine et des Caraïbes.

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Toute thèse génère une antithèse; toute action une réaction. Face à l’UNASUR se présente l’Alba, face á la Communauté les Etats-Unis opposent un Axe du Pacifique décharné, dont l’orientation des gouvernements n’est pas due à la volonté démocratique de ses peuples mais à des exterminations massives soutenues par les Marines. En 1973 Pinochet a annihilé l’Unité Populaire chilienne par un coup d’Etat sponsorisé par Kissinger. López Obrador soutient que l’actuel gouvernement mexicain a surgit d’une fraude électorale. Le président hondurien Lobo vient d’un putsch soutenu par la base de Palmasola. Dans la république sœur de Colombie l’invasion des bases yankees et le plan Colombia pèsent abominablement avec des chiffres record de violation des Droits de l’Homme qu’il serait long de détailler. Entre 1990 et 2000 le japonais-péruvien ou péruvien-japonais Alberto Fujimori a dissout le Congres et exterminé l’opposition socialiste lors d’un génocide massif sans commune mesure. Le souvenir de ce bain de sang a peut-être déterminé la défaite de sa fille Keiko par les survivants. Beaucoup de gouvernements caribéens ou d’Amérique Centrale alignés avec les Etats-Unis proviennent de coups d’Etats ou de génocides de même magnitude. Le néolibéralisme entre avec le sang.

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550 millions de latino-américains et caribéens nourrissent des nuances et distillent des relativismes. Tout progressiste qu’il soit, Fernando Lugo ne peut pas grand-chose contre les forces conservatrices enkystées au Paraguay. Le pouvoir de Cristina Kirchner est très relatif contre les oligarchies argentines ; celui de Pepe Mujica est faible face á la ploutocratie uruguayenne, et celui de Dilma très ténu sur ce continent que l’on appelle Brésil. Une bataille encore plus difficile attend celui qui a rompu la colonne de l’Axe du Pacifique avec un avantage électorale de 3 points : Ollanta Humala. Il hérite d’un Traité de Libre Commerce avec les Etats-Unis similaire à celui qui a ruiné le Mexique. Le Pérou néolibéral du japonais Fujimori et d’Alan García a donné de grands dividendes aux transnationales aux dépens du peuple. En 2009, 34,8% de la population du Pérou est pauvre ; son indice de Gini de 49,6 reflète de grandes inégalités ; les 10% les moins favorisés de la population accède seulement à 1,5% des revenus nationaux alors que les 10% les plus favorisés accaparent 37,9%, les dépenses en éducation du pays sont d’ à peine 2,7% du PIB et la dette extérieure de 33,4 milliards de dollars US. C’est le second exportateur de cocaïne dans le monde ; son gouvernement néolibéral a reconnu que 17% de son PIB provient de cette source. Oscar Ugarteche souligne que les péruviens ont une participation salariale de 22% du PIB contre 45% au Chili et 40% au Brésil, et que le seul autre pays avec une participation salariale si basse est le Mexique où elle a chuté de 40% á 29% du PIB (El triunfo de Humala y el nuevo horizonte. Rebelión, 6-6-2011).

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Repassons donc le pour et le contre qui pèsent sur Ollanta Humala: ce sont les mêmes qui gravitent autour de l’Amérique Latine. Son avantage électoral n’est pas tranchant, mais le précaire front tramé par Keiko Fujimori sous les auspices de l’ambassade étasunienne ne l’est pas non plus. Humala a contre lui le patronat, les médias de communication, une partie de la hiérarchie ecclésiastique et le Département d’Etat : ce fut aussi le cas du Venezuela pendant 11 ans et regardez où nous sommes aujourd’hui : Il se peut qu’une partie de l’Armée soit contre lui, mais la majeure partie a soutenu la nationalisation de l’industrie pétrolière du General Velasco. Il ne compte pas avec autant de réserves que le Venezuela, mais il a d’importantes exportations d’or, de cuivre, de molybdène, de fer, d’hydrocarbures, de produits végétaux et de poisson pour un total de 35,560 milliards de dollars en 2010 : mais une petite partie de ce produit seulement arrive jusqu’au peuple. La redistribution de ce revenu entre les masses peut cimenter un consensus imbattable. Humala n’a pas toutes les cartes, mais il en a plus que l’oligarchie péruvienne, et infiniment plus que l’Empire en Amérique Latine.

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Car, alors que l’Axe du Pacifique se fragmente, l’Empire se noie sous une dette externe équivalente a son PIB, et s’est fait gronder il y a peu par la Chine, maussade, pour avoir proposé un « moratoire technique » sur ce passif. Il s’effondre sous le poids de quatre désastreuses guerres de pillage pétrolier et le rejet du peuple (« 56% des votants croient que les Etats-Unis vont dans la mauvaise direction et seulement 35% pensent que le pays va sur le bon chemin… ») (http://mexico.cnn.com/mundo/2010/07/19/encuesta-la-aprobacion-de-la-gestion-de-barack-obama-va-en-descenso).

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Ce n’est pas le moment de faiblir, ni de se dissocier de l’accablante majorité latino-américaine et caribéenne en chemin vers le futur socialiste, pour s’attacher le cou à la roue du moulin de la collaboration avec le terrorisme d’Etat néolibéral et putschiste. Il est interdit de se suicider au printemps.


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Texte et photo de Luis Britto García
Traduit par R.V. avec l'accord de l'auteur
Texte orginal a cette adresse: http://luisbrittogarcia.blogspot.com/2011/06/eje-del-pacifico-contra-comunidad-de.html

19 févr. 2011

Le Venezuela et les objectifs du millénaire




Mieux vaut mesurer le bien-être des peuples avec des objectifs qu’avec des adjectifs. Lors du Sommet du Millénaire de l’an 2000, l’ONU a fixé les Objectifs de Développement du Millénaire, des objectifs concrets et quantifiables qui doivent être atteints par les gouvernements avant 2015. En 2008 le Venezuela avait déjà largement dépassé 6 d’entre eux. Vérifions-le.

1. ERRADIQUER LA PAUVRETE EXTREME ET LA FAIM


Le Produit Intérieur Brut de notre pays (PIB) en 1998 était l’équivalent de 42.066.487.000 bolivars actuels; en 2009 il a quasiment doublé en atteignant 56.022.729.000. Cela n’est pas arrivé par hasard: la lutte contre la privatisation de « Petróleos de Venezuela S.A » ainsi qu’une firme politique de défense des prix au sein de l’OPEP y ont contribué. Mais, encore plus important que le montant, voyons la façon dont il est appliqué. En 1998 seulement 8.4% du PIB était destiné aux dépenses sociales ; en 2008 ce chiffre est monté á 18.8%. Entre 2004 et 2010 PDVSA (Petróleos de Venezuela S.A) a apporté directement l’équivalent de 61 369 millions de dollars au développement social. En partie grâce a cela, la pauvreté extrême a diminué de 42,5% en 1995 à 9,4% en 2007, et la pauvreté relative de 50,5% à 33,7%. L’indice de Gini d’inégalités de revenus dans les foyers est descendu de 0,4865 en 1998 a 0,3928, ce qui fait du Venezuela le pays avec le plus bas indice d’inégalité de l’Amérique Latine capitaliste, et l’indice de Développement Humain des Nations Unies, qui en 1998 était de 0,691 est désormais de 0,878 ce qui nous situe dans le Rang des pays Hautement Développés. En 1998, chaque Vénézuélien consommait 400,56 kilos d’aliments par an ; en 2009 il en consomme 499,75, un cinquième supplémentaire. En 1998 chaque Vénézuélien disposait de 2 202 calories par jour ; en 2009 le chiffre est monté à 2 790, dépassant largement la moyenne de 2 200 calories qui sont consommées en Afrique, Asie et Amérique Latine. Le taux de chômage se situait à 11% en 1998 et il est descendu à 7,5% en 2009. Le salaire minimum en base 100 en 1998 a été quasiment multiplié par 12 pour arrivé a 1 224 en 2010, et si l’on ajoute les tickets de consommation on arrive a 2 199, soit 20 fois plus qu’en 1998. Malgré l’inflation persistante, ces améliorations sont des triomphes retentissants contre la pauvreté.

2. ATTEINDRE L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE UNIVERSEL


A la fin du XXème siècle on projetait une privatisation du système éducatif qui l’aurait rendu inaccessible à la majorité des vénézuéliens. Mais les dépenses en éducation sont passé de 3% du PIB en cette époque a 5,4% en 2000 et 6,3% en 2008. Grace a la Mission Robinson, le Venezuela a alphabétisé 1 678 671 de personnes jusqu’en 2009 et a éradiqué l’analphabétisme. En 1990 seulement 39,96% des enfants allaient á l’école maternelle ; en 2008 c’est plus du double avec 84,8%. En 1998-1999 seulement 53,41% des enfants en âge d’aller á l’école recevaient une éducation initiale, en 2008 le chiffre atteint 84,8%. Non seulement l’éducation gratuite est garantie: en 2008 quelques 4 055 135 élèves du système d’Education Basique bénéficient du Programme d’Alimentation Scolaire, le doublé de 1999.
En 1988 seulement 18% des jeunes étaient inscrits dans le système éducatif, contre 42,37% en 2008. Lors de la dernière décennie le gouvernement a crée 15 nouvelles universités; le nombre d’inscrits a l’université a doublé passant de 894 418 en 2000 á 2 109 331 en 2009. Au Venezuela il y a 9 329 703 personnes qui étudient : 1 vénézuélien sur 3 ; l’immense majorité des établissements a tous les niveaux sont publics et donc gratuits ; l’accès a l’éducation est universellement garanti.

3. PROMOUVOIR L’EGALITE ENTRE LES GENRES ET L’AUTONOMIE DE LA FEMME

Entre 1990 et 1998 la moyenne d’élèves de sexe féminin dans le système éducatif était de 31.25%, en 1996-1998 il a atteint 47.56%. Il y a plus de femmes que d’hommes dans l’éducation supérieure. Parmi les 5 pouvoirs de l’Etat, 4 ont été dirigés par des femmes. A l’Assemblée Nationale la représentation féminine est passé de 10% à 16,5%. Approximativement 60% de la participation dans les Conseils Communaux et les Missions est féminine; cette tendance est progressive et impossible de stopper.



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Merci de me signaler toute amélioration de la traduction.
L'article original en espagnol se trouve ici

Traduit avec l'autorisation de l'auteur Luis Britto García

22 août 2010

La Guerre contre l'Amérique Latine




1.

La Colombie en 2007 possède des effectifs de 459 687 personnes destinées a la Défense et Sécurité ; et elle dépense cette même année 6,5% de son PIB, soit 22 milliards de dollars dans sa guerre (Semanario VOZ, edición 2427, cit. por Álvaro Angarita: “Crece el gasto militar. Guerra devora el presupuesto”; 27-2- 2008 www.geocities.com/vozxcol/voz.pdf). Cela crée un important déséquilibre avec le Venezuela, dont l’armée se compose de 82 000 personnes et, selon le World Economic Outlook, consomme 1,47 milliard de dollars, 1,6% de son PIB, duquel 9% est destiné à l’éducation. Cela crée aussi un déséquilibre avec l’Equateur. Qui en 2007 avait 37 448 personnes dans son armée, qui dépensait 1,69 milliard de dollars, 3,41% de son PIB et 10,7% de son budget (A comparative Atlas of Defence in Latin America, 2008).

2

Parallèlement, le gouvernement de Colombie accepte l’installation d’au moins sept bases militaires étasuniennes, avec un statut d’immunité et d’impunité devant les lois et tribunaux colombiens, alors que les Etats-Unis maintiennent 2 bases a Aruba et Bonaire ainsi qu’une autre au Honduras et une au Paraguay, en installe 2 nouvelles au Panama, fait débarquer des milliers de marines au Costa Rica, maintient une invasion militaire injustifiée en Haïti et patrouille dans les Caraïbes avec la IVème Flotille ressuscitée. Des sources étasuniennes et colombiennes allèguent que cette militarisation démesurée a pour objectif de se défendre contre quelques dizaines de colombiens exilés au Venezuela. Mais il n’y a rien de plus erroné que d’interpréter la situation comme une simple escarmouche locale. « N'envoie jamais demander pour qui sonne le glas; il sonne pour toi», dit un vers de John Done. Le glas ne sonne pas pour le Venezuela ; il sonne pour l’Amérique Latine.

3

Le maintient de la base Etasunienne au Honduras et le coup d’Etat contre le président élu de ce pays, le harcèlement contre le Nicaragua, l’ouverture de deux nouvelles bases au Panama et l’occupation militaire du Costa Rica ne sont que des échelons du vieux plan Puebla-Panama, qui tente d’ouvrir un couloir stratégique pour l’Amérique Centrale, depuis le Mexique jusqu'à la Colombe. Cette opération réunit dans des quantités croissantes fonds, effectifs, armements et bases étasuniennes, a travers les plans Colombia, Patriota et Victoria, soi-disant destinés à contrôler les insurgés et la drogue. Son échec a été total. La Colombie en 2005 totalisait 650 tonnes-cubes de cocaïne sur les 910 produite dans le monde, avec 180 en provenance du Pérou et 90 de Bolivie. (United Nations Office on Drugs and Crime, "World Drug Report 2006, Volume 1:Analysis" ; United Nations: Viena, Austria, 2006, p. 82). En réalité les Etats-Unis, qui désormais combat ses guerres avec des mercenaires, veut sacrifier les forces armées de Colombie qui n’ont pas pu dominer les insurgés locaux, pour restaurer son hégémonie continentale. La situation n’est pas nouvelle. A la moitié du siècle passé, des effectifs colombiens furent envoyés pour se battre dans la très lointaine guerre de Corée ; et au début de ce siècle, des soldats colombiens ont été envoyés en Afghanistan.
Leur prochaine mission sera de s’immoler pour les intérêts de la même puissance qui lui a enlevé le Panama.

4

Regardons un peu la carte. A proximité de la frontière Est de la Colombie, où sont érigées la majorité des bases militaires étasuniennes, se trouvent les riches gisements d’hydrocarbures du Venezuela. Plus au Sud se trouvent le fleuve Orinoque et l’Amazonie venezuelienne, avec ses débits d’énergie hydroélectrique, de fer, d’aluminium, d’or, de diamants et de biodiversité. Mais le Venezuela n’est pas le seul objectif de cette guerre longuement annoncée. Le feu est ouvert contre le petit Equateur, avec une attaque d’essai, qui a été confessée, et soutenue et dirigée par la base étasunienne de Manta, aujourd’hui heureusement démantelée. L’objectif était de démontrer qu’il était possible d’agresser la souveraineté d’un pays de la région avec une attaque militaire sans autre conséquence que quelques mots durs de l’UNASUR.

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Regardons la carte de plus près : la frontière du Brésil, pays qui de par sa superficie de 8 547 404 km2 et sa population de 170 millions d’habitants, constitue quasiment la moitié de l’Amérique du Sud. En tant que propriétaire de la majeure partie de l’Amazonie et des récents gisements d’hydrocarbures découverts, la sixième ou septième économie mondiale et la huitième industrie mondiale d’armements, noyau du Mercosur et acteur politique international indépendant, est un véritable adversaire pour les Etats-Unis dans la conquête de l’hégémonie continentale. Le Brésil l’a parfaitement compris et inclus dans sa Stratégie Nationale de Défense approuvée par Lula Da Silva en 2008. Son armée de 210 000 hommes sera augmentée avec 59 000 nouveaux effectifs ; 28 nouveaux postes frontières ont été ajoutés aux 21 existants, localisés essentiellement en Amazonie où 40% des nouvelles recrues sont envoyées. (Zibechi, Raúl: “Brasil desafía el Plan Colombia”, ALAI AMLATINA, 30-04-2010).

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Ainsi, n’importe quelle agression contre l’Equateur ou le Venezuela ouvre les hostilités contre le gigantesque Brésil et la Bolivie et le Nicaragua et l’inexpugnable Cuba et le Mercosur. Le conflit supposé local se transforme ainsi en continental. Cela représenterait, ni plus ni moins, une guerre contre l’Amérique Latine. Et si l’on prend en compte que la survie de l’Europe et de l’Asie dépend en grande partie des ressources et des marchés de l’Amérique Latine, l’affrontement pourrait devenir mondial.

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Sur le versant Pacifique, les Etats-Unis mettrait la pression sur les gouvernements du Pérou et du Chili pour qu’ils se battent pour ses intérêts. Le Chili possède l’armée avec la plus importante dépense et le plus grand nombre d’effectifs par habitant en Amérique Latine. L’empire exigerait l’utilisation de ces milices pour cerner le colossal Brésil et les gouvernements progressistes d’Equateur, Bolivie et peut-être même du Paraguay et de l’Uruguay. Avec l’espoir d’obtenir des revendications territoriales, les faucons entreraient dans le conflit, qui ne serait pas seulement une confrontation militaire, mais une véritable guerre sociale acharnée d’insurgés, de laquelle tout le monde sortirait fortement touché. En premier lieu la puissance nord-américaine qui a perdu l’hégémonie économique, diplomatique et culturelle et qui, depuis quasiment une décennie, n’a pas pu vaincre de désastreuses guerres contre des pays asiatiques retardés. Ensuite, ses alliés, qui sont historiquement utilisés, rejetés et détruits. Le premier coup de cloche a sonné. Stoppons-la avant qu’elle sonne pour tout le monde.


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Traduit avec l'aimable autorisation de l'auteur Luis Britto Garcia.
Article original disponible ici

Pour améliorer la traduction, me contacter, merci.

8 mai 2010

200





De 200 ans de misères et grandeurs, il nous reste au moins l’expérience de ce qui a fonctionné, et de ce qui a échoué.

CA N’A PAS FONCTIONNÉ


- Recevoir les envahisseurs comme des Dieux.
- Résister a l’invasion impériale séparément, pour rendre possible qu’ils nous soumettent peuple par peuple, culture par culture, région par région
- Collaborer avec l’agresseur; les indigènes Totonaques et Chichimèques qui aidèrent Cortes contre les Aztèques, les guatémaltèques qui assistèrent a Pizarro contre les Incas, les ARUACOS qui ont appuyé Losada contre les Caraïbes, tout les américains qui ont servi de bourreaux a l’Empire contre d’autres américains furent ensuite réduits en esclavage, opprimés ou exterminés.
- Prolonger nos querelles internes même devant la présence de l’ennemi: Huascar contre Atahualpa, Moctezuma contre Cuauhtémoc furent les agents les plus efficaces des conquistadors.
- Laisser l’administration de notre sol et de notre sous-sol, de nos ressources naturelles, de notre économie, de nos finances, de notre politique entre les mains d’un empire étranger pendant des siècles.
- Permettre qu’avant et après le renversement, certaines de nos sociétés originairement égalitaires dégénèrent en des systèmes de castes, avec des privilèges économiques et politiques héréditaires
- Inculquer au peuple l’obéissance aveugle, de façon á ce que la reddition des dirigeants équivaudrait á la reddition du peuple, et que couper la tète des chefs serait laisser les gouvernements sans idées
- Copier la culture oppresseur avec l’espoir d’être reconnus comme égaux et la certitude de finir ridiculisés comme des contrefaçons ou pardonnés comme pittoresques
- Nous juger avec la vision de l’ennemi, nous mesurer avec la mesure de l’oppresseur, nous évaluer selon la table de valeurs des génocides

OUI CA A FONCTIONNE


- Prendre notre destin entre nos mains après 300 ans d’une oppression qui paraissait éternelle.
- Défendre avec force le droit a être nous même, qui nous était refusé avec violence
- Comprendre que la bataille contre l’empire était une entreprise continentale, et que les paroisses, petits villages, petites républiques ne pouvait avoir une vie indépendante
- Contempler l’union de Notre Amérique comme une immense confédération ou un bloc de la taille d’un hémisphère, dans tout nos projets indépendantistes, depuis l’Incanato de Miranda jusqu’au Congres Amphictyonique de Bolivar
- Que les mouvements rebelles s’aident solidairement les uns les autres depuis le Rio Grande jusqu’ á la Patagonie
- Utiliser contre l’empire ses armes et idées les plus avancées, ainsi que la communauté linguistique et culturelle qu’il nous a imposé
- Convoquer les classes et les castes opprimées avec un programme d’égalisation sociale et économique
- Interdire dans les constitutions et les lois républicaines toute discrimination fondée sur la race ou le supposé héritage ethnique
- Réserver á perpétuité le sous-sol et le contrôle des ressources naturelles de façon indivisible et inaliénable pour nos Républiques souveraines
- Confisquer sans indemnités ni contemplations la principale richesse de l’époque, qu’étaient les territoires, pour les redistribuer en accord avec les services rendus á la cause révolutionnaire
- Proclamer de façon irrestrictive la souveraine et inaliénable puissance de nous donner nos propres lois, les appliquer et les interpréter avec nos propres tribunaux
- Que Bolivar lui même rejette la prétention étasunienne de soumettre à des arbitres et des juges étrangers des réclamations qui affectent notre intérêt publique
- Séparer l’Etat et l’Eglise et soumettre l’une á l’autre á travers du patronage

CA N’A PAS FONCTIONNÉ

- Remplacer une Métropole par plusieurs
- Abandonner le principe indépendantiste d’intégration et permettre que cinq Vice-royautés et cinq Capitaineries se désintègrent en une trentaine de pays
- Commencer notre vie indépendante avec une dette publique accablante dont la négociation a enrichi les dirigeants et soumis le peuple a la misère la plus sordide
- Démarrer notre existence autonome avec des Traités de Libre Commerce qui nous empêchaient de protéger nos produits, alors que les Métropoles protégeaient les leurs
- Limiter nos économies a la production d’une demi-douzaine de marchandises de demande précaire dans les marchés externes, au lieu de fabriquer deux centaines de marchandises d’indispensable nécessité dans nos marchés internes
- Essayer de maintenir une société de castes, en maintenant l’esclavage, la servitude des indigènes, la discrimination ethnique et raciale qui, en définitive, ont causé des centaines de rebellions armées
- Repousser ou refuser les revendications offertes aux clases et aux groupes qui, avec leur sang, ont garanti l’indépendance et, avec leur travail, l’économie.
- Laisser se perdre les projets de l’Incanato et du Congres Amphictyonique pour accepter une fausse intégration sous tutelle des Etats-Unis du Panaméricanisme
- Prêter nos territoires pour des bases militaires étrangères, et leur louer nos hommes comme de la chair à canon
- Tolérer de façon désunie les interventions insolentes, les invasions et les blocus de l’Angleterre, la France, la Hollande, l’Allemagne et les Etats-Unis
- Exonérer d’impôts les transnationales et les étrangers á travers des Traités contre la Double Imposition, et augmenter les contributions des nationaux pour les faire payer ce que les étrangers ne payent pas

OUI CA A FONCTIONNÉ

- S’enhardir contre les empires
- Résister aux interventions dans le champ culturel, économique et stratégique
- Conquérir par la violence les revendications sociales et économiques qui nous sont reniées par la forcé brute
- Mobiliser de nouveau les classes opprimées et respecter les programmes de revendication sociale
- Rejeter l’intégration sous tutelle des empires et mettre le point final a l’intégration que nous avions commencé nous même
- Refuser l’installation de bases militaires étrangères et dénoncer, priver de communication, isoler ou expulser celles qui existent déjà
- Reconquérir le contrôle de nos richesses naturelles, ainsi que celui des industries relatives a son exploitation
- Penser avec nos idées, nos valeurs, nos têtes
- Etre nous même dans Notre Amérique

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Texte original: Luis Britto Garcia (disponible ici en espagnol)
Illustration : Régulo Pérez
Traduction : R.V.

30 déc. 2009

Émigrant Américain




. Il y a 500 ans les européens émigrèrent, fuyant leurs famines et leurs guerres internes, ils mirent le monde à feu et à sang, emportèrent le butin en Europe et, aujourd'hui, ils ne veulent pas que l'on émigre la bas pour le partager.

. Au début du Troisième Millénaire, 54 millions de personnes migrent d'un pays vers un autre en Asie; 31,5 millions vont en Europe, 30 millions vers les Etats-Unis, 19 millions vers l'Afrique, 9 millions en Océanie et 9 millions en Amérique Latine et aux Caraïbes (Salker 2000).

. Aux Etats-Unis la statue de la liberté invite les sans-terre à entrer; à la frontière avec le Mexique le Mur de la Honte ferme le passage aux "Hispanos" dont les 40 millions d'émigrés constituent la minorité démographiquement la plus importante, punis par des cotisations, des exclusions et des discriminations qui rendent sa main d'œuvre bon marché

. Les Etats-Unis eux mêmes sont la cause de cet exode. Le comité de Santa Fe confesse que: "Le Traité de Libre Commerce a arraché les paysans et les indigènes de leurs parcelles et de leurs terres communales, en raison de la baisse des impôts sur l'importation de produits alimentaires provenant de l'industrie agricole nord-américaine et canadienne. Pour s'éloigner de leurs possessions ancestrales, ces gens prennent la direction du nord. Mais les industries frontalières - maquiladoras - ont un surplus de personnel et préfèrent employer des femmes, de sorte que les refugiés économiques continuent d'avancer vers les états frontaliers de Californie (37% de latinos), Arizona (22% en 1999, majorité en 2006), Texas (30%) et encore plus au Nord, dans le Middle-west, spécialement en Iowa et Minnesota (Santa Fe IV 2000).

. Les mexicains traversent la frontière avec les Etats-Unis pour trouver du travail dans le secteur agricole et manufacturier. Depuis les années 80 du siècle passé déjà, dans le document Santa Fe I, les assesseurs de la politique extérieure étasunienne montrait leur préoccupation d'un tel flux migratoire et affirmait que "les Etats-Unis et le Mexique doivent chercher une solution au flux de travailleurs sans papiers vers les Etats-Unis. L'objectif est d'offrir un emploi temporel pour un certain nombre de citoyens mexicains. La stricte application des quotas sera la responsabilité aussi bien des autorités mexicaines que nord-américaines." (Santa Fe I, 1980)

. Peu après, le comité Santa Fe insistait sur le fait que: "Les maquiladoras tout au long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique ont donné du travail à des centaines de milliers de mexicains. Cependant, il n'est pas sur qu'un tel bénéfice existe pour les travailleurs nord-américains. De plus, les millions de mexicains qui sont attirés vers le Nord, et dont les aspirations ne sont pas satisfaites, ont tendance à traverser la frontière vers les Etats-Unis; ce qui accélère encore l'immigration illégale." C'est pourquoi le Comité Sante Fe demanda une solution inhumainement exemplaire: "Les industries nord-américaines devraient considérer la possibilité de transférer ses maquiladoras beaucoup plus à l'intérieur du Mexique" (Santa Fe II 1988). Les Etats-Unis s'attribuèrent les compétences pour choisir la localisation des industries au Mexique, exactement en fonction de leurs propres problèmes migratoires.

. A la suite du Traité de Libre Commerce, près d'un million de travailleurs agricoles mexicains ont abandonné chaque année leur campagne, pour migrer vers les usines des villes frontalières ou aux Etats-Unis (Martínez Enríquez: “La globalización neoliberal y la libertad de movimiento” 2006, 143).

. Pour les récompenser d'avoir maintenu à flot l'économie étasunienne avec leurs salaires extrêmement bas, le projet de Loi sur l'Immigration de mars 2006 prévoit la déportation de millions d'immigrés, le refus de la nationalité étasunienne pour leurs enfants nés aux Etats-Unis, le doublement des effectifs des patrouilles à la frontière, la création d'un "mur virtuel" avec des caméras et ses senseurs ajoutés au "Mur de la Honte". Des mobilisations de millions de personnes ont obligé le Comité Judiciaire à approuver une modification qui permettra aux immigrants illégaux qui sont arrivés avant 2004 de continuer à travailler aux Etats-Unis (EFE: Últimas Noticias 29-3-2006, 63).

. Parallèlement à cela en Europe, dont les flux migratoires furent toujours généreusement accueillis en Amérique, on approuve une Loi du Retour pour l'expulsion compulsive des immigrés.

. Après les interventions des Etats-Unis à Puerto Rico et u Panama et à Haïti et en République Dominicaine et à Cuba et au Guatemala et au Nicaragua, des marées de citoyens de ces pays migrent vers l'agresseur. Les Etats-Unis soutiennent les dictatures d'Amérique du Sud, ce qui provoque la fugue d'un million et demi de personnes.

. Ces dernières années, près de 18 millions de personnes ont émigré du Mexique; 3 millions du Pérou, 1 million et demi du Salvador, un million du Nicaragua, 800 000 d'Equateur (Escudier, Juan: “¡Que se vayan todos!”, Question, julio 2005,14). Quelques 5 millions ont émigré de Bolivie et 4 millions de Colombie. Chaque fois que les Etats-Unis déstabilisent économiquement ou politiquement un pays ou une région, il doit faire face à une avalanche de réfugiés qui fuient le désastre.

. Pendant les 5 premières années du 21ème siècle, quelques 25 millions de personnes ont abandonné leur pays en Amérique Latine et aux Caraïbes, beaucoup de manière illégale. L'Argentine, le Brésil, Le Costa Rica et le Venezuela sont les pôles d'attraction pour l'immigration intra-régionale; le Mexique, la Colombie, l'Equateur et les pays des caraïbes sont ceux qui envoient le plus d'émigrés vers les Etats-Unis et l'Europe, surtout en Espagne. La 2ème source de revenu extérieur de l'Equateur provient de l'argent que ses émigrés envoient à leurs familles, et cela alors qu'il s'agit d'un pays exportateur de pétrole.

. En 1996, le Mexique est à la deuxième place parmi les 20 principaux pays en développement et en transition en ce qui concerne l'argent reçu par les émigrés, avec 4,22 milliards de dollars; le Brésil est à la 11ème place avec 1,21 milliards de dollars; le Salvador est à la 14ème position avec 1,08 milliards de dollars et la République Dominicaine est en position 17 avec 0,84 milliards de dollars. Ces 20 pays reçoivent 88% des remesas internationales (remesa = l'argent envoyé par les émigrés à leurs familles restées au pays)(PNUD 1999, 27).

. Dans certains pays de tels envois d'argent signifient un poids significatif de l'économie: à Haïti ils apportent 24% du Produit Intérieur Brut, 11% au Nicaragua, 10% au Honduras, 14% au Salvador et 10% en République Dominicaine (CEPAL 2005, 13).

. Selon la CEPAL, l'Amérique latine et les Caraïbes sont une des régions qui reçoit le plus de remesas. Durant l'année 2004 elles représentaient autour de 45 milliards de dollars, chiffre similaire au montant de l'Investissement Etranger Direct (IED) et largement supérieur à l'aide officielle pour le développement reçue dans la région. C'est en fait l'Amérique Latine et les caraïbes qui aident d'autres régions en leur apportant de la main d'œuvre déjà formée et productive à laquelle on ne reconnait aucun droit du travail ou humain.

. De cette façon, l'Amérique latine exporte son futur, des bras pour les récoltes jusqu'aux cerveaux pour la technologie de pointe. Ainsi, Carlos Lage, vice-président du Conseil d'Etat Cubain affirme: "Un million de scientifiques et de professionnels formés en Amérique Latine, pour un coût de quelques 30 milliards de dollars, vivent aujourd'hui dans des pays développés, et nous devons payer pour utiliser leurs innovations et leurs apports, ou nous en passer." Il n'est pas juste qu'il existe un libre flux de marchandises alors que les obstacles au libre mouvement de la force de travail sont croissants et que des nouvelles barrières, non-douanières, apparaissent dans les pays riches."(Lage 1999, cit. por Martínez Enríquez, 2006, 145).

. Les Etats-Unis et l'Union Européen ont désespérément besoin des bras bon marché de nos émigrés pour se battre dans leurs guerres impériales, faire marcher leurs industries et maintenir leur populations vieillissantes. Les lois discriminantes existent pour les maintenir en dehors des salaires justes, des Droits de l'Homme, de l'Humanité.


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Traduit par R.V. avec l'autorisation de Luis Britto Garcia. (me contacter pour une amélioration)
Article original en espagnol disponible ICI

28 sept. 2009

Instituts d'Etudes Latino-américains et cercles de pensée




1

Nos pays s'ignorent les uns les autres car on leur enseigne à s'ignorer. Comme l'a justement signalé José Martí: "Connaitre c'est résoudre. Connaitre le pays, et le gouverner en fonction de ces connaissances, est l'unique façon de le délivrer des tyrannies. L'université d'Europe doit laisser sa place à l'université d'Amérique. L'histoire de l'Amérique, des incas jusqu'à aujourd'hui, doit être enseignée sur le bout des doigts, même si pour cela on n’enseigne pas l'histoire de Grèce. Notre Grèce est préférable à la Grèce qui n'est pas à nous. Elle nous est plus nécessaire!"

2

Pour cela, il est indispensable de créer et maintenir un réseau efficace d'instituts d'études d'Amérique Latine et des Caraïbes. D'autre part, j'ai déjà souligné que c'est dans notre région qu'il y a le moins de possibilités pour l'étude de Notre Amérique. Il y a à peine une vingtaine d'instituts spécialisés dans ce thème dignes de ce nom : le Centre d'Etudes Latino-Américaines Rómulo Gallegos, l'Institut d'Etudes Hispano-américaines de l'Université Centrale et l'Institut des Hautes Etudes d'Amérique Latine de l'Université Simon Bolívar au Venezuela; Le Centre de Coordination et de Diffusion d'Etudes Latino-Américaines de l'Université Autonome de Mexico; la Fondation Getulio Vargas du Brésil, l'Institut National d'Anthropologie et de Pensée Latino-Américaine de Buenos Aires, l'Institut d'Etudes Interaméricaines de l’ Université Catholique d'Equateur, le Centre d'Etudes de l'Amérique, le Centre de Recherche des Caraïbes et la Maison des Amériques à Cuba. Mais de manière générale il n'y a pas, ni dans nos universités, ni dans nos organismes régionaux, de programmes multidisciplinaires permanents qui l'étudie dans son ensemble. À l'inverse, aux Etats-Unis, il y a plus de 200 instituts d'études latino-américains, et le National Directory of Latin Americanist reçoit plus de 3000 étudiants de la région. Il y a un demi-millier de spécialistes en matière d'Amérique Latine en Europe selon les registres bibliographiques compilés par Adrián Van Oss. Il y a en Espagne 5 instituts de première importance consacrés à l'Amérique Latine, 3 en France, 6 en Angleterre, 8 en Italie, 10 en Allemagne, 6 au Japon. Ce sont des données qui datent de plusieurs décades, les chiffres ont du augmenter d'un tiers minimum. L'Amérique Latine et les Caraïbes semblent être un objet d'études primordial pour tout le monde, sauf pour nous.

3

La survie culturelle - qui est, au final, survie politique et économique - de nos pays requiert que dans chacun d'eux il y ait au moins un institut culturel d'études latino-américaines de portée continentale, et un institut académique, qui coordonnent les études de spécialisation en la matière, les 2 avec des programmes de recherche systématiques sur la région et avec des publications et des activités, en relation continue d'échange, de diffusion et d'appui mutuel avec les entités similaires dans la zone et dans le monde. Seulement ainsi nous cesserons de nous ignorer, de nous détacher et de laisser aux autres les connaissances de tout ce qui nous concerne
4

De la même manière qu'il y a un manque d'instituts d'études sur l'Amérique Latine et les Caraïbes, il ressort aussi dans la région une pénurie relative de groupes d'études interdisciplinaires dédiés à l'analyse de problèmes spécifiques de la région ou sur le développement de politiques à long terme qui lui soient applicables: ce que les anglo-saxons appellent "Think Tanks" ou « cercles de pensée ». La revue Foreign Policy du 13-01-2009 dans son étude “The Think Tanks and Civil Societies Program 2008: The Global Go-To Think Tanks. The Leading Public Policy Research Organizations In The World”, fait ressortir le fait qu'aux Etats-Unis il y a 1777 instituts de la sorte en fonctionnement, 283 en Angleterre, 186 en Allemagne, 165 en France, 121 en Inde, 107 en Russie, 105 au Japon, 94 au Canada et 87 en Italie, et curieusement il précise qu'il y a 122 centres en Argentine mais ne fournit aucune donnée en ce qui concerne le reste de l'Amérique latine et des Caraïbes, en oubliant de mentionner, entre autres, la prestigieuse Fondation Getulio Vargas du Brésil. Il existe 5467 instituts de la sorte dans le monde; la grande majorité aux Etats-Unis; rien qu'à Washington il y en a 350, plus que dans n'importe quel autre pays au monde. Entre eux figurent les influentes Rand Corporation, Heritage Foundation, Cato Institute, Human Right´s Watch et Center for American Progress, toutes avec de généreuses dotations multimillionnaires (http://www.foreignpolicy.com/story/cms.php?story_id=4598).

5

Du fait de leur capacité à inspirer des politiques et à former les hommes pour les mettre en œuvre, les cercles de pensée ont été surnommés “governments in waiting” (gouvernements en attente). De ces cercles ont surgi des directrices comme les Rapports du Comité de Santa Fe ou ceux du "Nouveau Siècle Américain". James McGann a compilé un catalogue de ces instituts, où il signale que 538 d'entre eux sont en Amérique Latine et aux Caraïbes, entre autres le Conseil Argentin pour les Relations Internationales (Argentine); La Faculté latino-américaine de Sciences Sociales (Costa Rica); Liberté et Développement (Chili); Le Centre d'Etudes Publiques (Chili); le Centre de Mise en Place de Politiques Publiques pour l'Equité et la Croissance (Argentine) (McGann, 2009). La majorité d'entre eux opère dans le Cono Sur; et sont probablement conservateurs. En 2008 a commencé à fonctionner au sein de la Fondation Institut d'Etudes Avancées (IDEA) du Venezuela un centre de Recherches Théoriques (CENIT) destiné aux études interdisciplinaires pour la coordination entre les politiques de recherche es sciences exactes et des sciences sociales. Une fois de plus, la disproportion entre les instituts qui travaillent dans notre région et ceux qui opèrent aux Etats-Unis est évidente. L'Amérique Latine et les Caraïbes doivent multiplier les institutions interdisciplinaires qui peuvent générer de nouvelles idées et de nouveaux projets pour son complexe avenir. C’est en pensant au futur que nous pouvons le controler.
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Liste en espagnol des instituts mentionnés :
Centro de Estudios Latinoamericanos Rómulo Gallegos (Venezuela)
Instituto de Estudios Hispanoamericanos de la Universidad Central (Venezuela)
Instituto de Altos Estudios de América Latina de la Universidad Simón Bolívar (Venezuela)
Centro Coordinador y Difusor de Estudios Latinoamericanos de la Universidad Nacional Autónoma de México (Mexique)
la Fundaçao Getulio Vargas (Brésil)
Instituto Nacional de Antropología y Pensamiento Latinoamericano de Buenos Aires (Argentine)
Instituto de Estudios Interamericanos de la Pontificia Universidad Católica (Equateur)
Centro de Estudios de América (Cuba)
Centro de Investigaciones del Caribe (Cuba)
Casa de las América (Cuba)
Consejo Argentino para las Relaciones Internacionales (Argentine)
Facultad Latinoamericana de Ciencias Sociales (Costa Rica)
Libertad y Desarrollo (Chili)
Centro de Estudios Públicos (Chili)
Centro de Implementación de Políticas Públicas para la Equidad y el Crecimiento (Argentine)
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Article original : ici
Traduit par R.V. avec l'autorisation de Luis Britto Garcia
Me contacter pour d'éventuelles améliorations de la traduction

21 sept. 2009

La Science que nous voulons




1.

Quels scientifiques voulons-nous? Que science voulons-nous? C'est une question aussi basique et difficile que de nous demander quelle vie nous souhaitons. Mais peut-être est-ce la même question ? Nous aspirons à une existence infinie qui embrasse tout; nous sommes condamnés à une autre existence, transitoire et confinée à des options limitées. Notre choix d'un projet de vie ou de science est déterminé par les modèles que nous souhaiterions imiter, mais aussi par nos capacités, l'environnement, les opportunités et les biens dont nous disposons.

2.

Kant affirme que l'Histoire est le processus de réalisation de la potentialité de l'homme. Je veux tous les scientifiques et toute la science que nous pourrions avoir. La connaissance nous constitue en tant qu'êtres humains. Nous voulons une société la plus humaine possible, dans laquelle la majorité des habitants et des ressources soient dédiés à la connaissance. Le problème du chercheur, ou de celui qui met en place une politique scientifique, est similaire au problème auquel l'économiste fait face: établir la relation optimale entre les besoins et les biens avec lesquels ces besoins peuvent être satisfaits. Les nécessités économiques sont potentiellement infinies. C'est aussi le cas des problèmes à élucider pour la science. Cela requiert l'établissement d'une hiérarchie aussi bien entre les nécessités qu'entre les biens.

3.

La Science ne se produit pas dans le vide. La société met à disposition du scientifique du temps pour ses travaux, des instruments, des récompenses. Mais même le chercheur fait face à une restriction des options. Il ne peut pas choisir toutes les disciplines à la fois. A l'intérieur d'une discipline il ne peut pas non plus traiter toutes les spécialités ni tous les problèmes. Le problème de la relation entre fins et moyens est partagé par tous les chercheurs et toutes les sociétés. Comment les sociétés établissent-elles cette relation? Sur ce sujet Oscar Varsavsky signale que "il n'est pas possible d'avoir une politique éducative cohérente - universitaire ou non - si ce n'est dans le cadre de référence d'un Projet National à long terme, avec des caractéristiques idéologiques et des objectifs concrets bien définis (Hacia una política científica nacional 2006,64). Les projets nationaux régissent les politiques éducatives et scientifiques dans la mesure qu'ils déterminent l'assignation des ressources.

4.

De telles politiques devraient comprendre la préservation et la conservation de la connaissance et de ceux qui la créent. Elles devraient inclure des normes pour protéger les savoirs traditionnels accumulés et les codes génétiques des espèces endogènes face aux brevets et aux intérêts étrangers. Elles devraient stimuler les scientifiques formés dans le pays à poursuivre leur carrière ici. Carlos Lage affirme que "Un million de scientifiques et de professionnels formés en Amérique Latine, pour un coût de 30 milliards de dollars, vivent aujourd'hui dans les pays développés et nous devons payer pour leurs innovations et apports scientifiques, ou nous en passer." (Lage 1999, cit. por Martínez Enríquez, “La globalización neoliberal y la libertad de movimiento: paradojas conceptuales y prácticas” 2006, 145)

5.

L'Amérique Latine et les Caraïbes sont loin d'appliquer toutes leurs capacités de recherche scientifique de manière optimale pour répondre à leurs problèmes les plus urgents. Une malédiction semble éloigner l'impartialité scientifique de la pauvreté humaine. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) informe qu'actuellement seulement 10% des dépenses totales en recherche et développement de médicaments est dirigé aux maladies des 90% de la population la plus pauvre. (PNUD 2003,12). Jean Ziegler note que les pays du Tiers Monde, qui représentent 85% de la population de la planète, représentent seulement 25% du marché pharmaceutique. Il ajoute qu'entre 1975 et 1996 les grands laboratoires pharmaceutiques ont développé 1223 nouvelles molécules, dont seulement 11 sont applicables au traitement de maladies tropicales. Une telle négligence est d'autant plus nocive que des maladies comme le paludisme, la tuberculose, la maladie du sommeil et la fièvre noire, qui avaient quasiment disparu entre 1970 et 1980 grâce aux campagnes d'organismes comme l'Organisation Mondiale de la Santé, ont ressurgi, de telle façon qu'en 2001 la maladie du sommeil a tué 300 000 personnes, la tuberculose 8 millions, et que toutes les 30 secondes un enfant est mort de paludisme (Los nuevos amos del mundo 2003, 73).

6.

Le PNUD signale aussi que la recherche agricole est sous-équipée, parce que beaucoup de pays à revenus faibles utilisent à peine 0,5% de leur PIB agraire à la recherche agricole, et l'utilisent pour des projets sur les cultures à forte valeur commerciale et sur les terres de meilleure qualité; alors que pour que cette recherche favorise les producteurs pauvres de terres marginales, elle devrait être centrée sur des projets comme les systèmes de multicultures, l'agriculture écologique, les variétés de graines de maturation précoce et les méthodes économiques de maturation du sol (PNUD 2003, 104). Pour ces raisons le PNUD conclue que "Etant donné que la majeur partie des efforts scientifiques ne tiennent pas compte des nécessités des pauvres, il est fondamental que la communauté scientifique internationale - avec à sa tête les laboratoires nationaux, les organismes de financement scientifique nationaux et les fondations privées - travaille avec des groupes de scientifiques dans les pays pauvres pour identifier les objectifs prioritaires en matière de recherche et développement et augmenter considérablement le financement" (PNUD 2003, 24).

7.

Quelles sont les garanties qu'une politique scientifique est correcte? La recherche est un pari contre l'inconnu; toute politique qui essaye de l'organiser doit se résigner à faire face à un certain degré d'incertitude. Tout processus cognitif à comme objectif, précisément, la réduction des incertitudes. Chaque société expose les problèmes qu'elle veut résoudre, leur assigne des priorités et des ressources et les aborde avec son style propre. La société influence la science. Mais la science influence aussi la société.

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28 août 2009

L'ennemi est à la porte


Les Etats-Unis ne peuvent pas occuper militairement toute l'Amérique Latine et les Caraibes. Son armée compte 2 millions d'effectifs, les nôtres à peine 1 million et demi. Pour occuper nos territoires il devrait mobiliser un nombre d'hommes équivalent, en négligeant des lieux d'opérations vitaux ou en recrutant, ce qui n'est pas viable logistiquement et économiquement. Cela poserait aussi des problèmes difficilement gérables de contrôle social et de contre-insurgence. L'empire maintient son hégémonie à travers la pression sur les gouvernements complices, la pénétration culturelle et les bases qui facilitent l'intervention militaire. Comme l'a dit Bush en 2002 en présentant la nouvelle stratégie de sécurité nationale : " Les Etats Unis vont avoir besoin de bases et de postes a l'intérieur et au delà de l'Europe Occidentale et du Nord-est de l'Asie, ainsi que d’arrangements temporaires pour le déploiement de nos forces à grande distance" (Bush, 2002).

L'occupation militaire du monde

Les Etats-Unis occupent, comme propriétaire ou en location, 6 000 bases militaires sur son territoire et 872 hors de son territoire. Ces bases accueillent 253 288 soldats avec leurs familles et le personnel de soutien et 44 446 étrangers engagés contractuellement et elles se composent de 44 870 casernes, hôpitaux, dépôts et autres structures propres, et 4 844 en location. Des décisions souveraines ont fait fermer certaines bases: l'Empire a désoccupé la base Howard en 1999 suite aux accords sur la canal de Panama; le Brésil refusa le projet d'implantation de la base de Alcántara dans le Maranhão et Rafael Correa ordonna de déloger les bases de Manta, en Equateur. Mais il reste les bases de Guantánamo à Cuba, Vieques à Puerto Rico, Soto Cano au Honduras, Comalapa au Salvador, et celles de Iquitos, au Pérou, qui surplombent l'Amazonie, ainsi que celles de Santa Lucía Huallaga, Santa Lucía et Palmapampa. Une autre base des Etats-Unis fonctionne au Paraguay: les soldats qui l'occupent jouissent de l'impunité pour violer les lois paraguayennes. Le « Commando Sur » possède aussi 17 bases terrestres de radars: 4 en Colombie, 3 au Pérou, et plusieurs bases mobiles ou secrètes dans les Andes et les Caraïbes.

Des bases contre l'Amérique Latine

Au début du troisième millénaire, les Etats-Unis installent les bases aériennes de Reina Beatriz à Aruba et de Hato Rey à Curazao, comme réponse au refus de Chavez d'installer des bases et de survoler le territoire vénézuélien. En Colombie, où une intervention militaire massive est en cours, la base aérienne de Tres Esquinas et de Larandia fonctionnaient déjà: des aéronefs opèrent dans les aéroports de Aplay, Melgar, Cali, El Dorado, Palanquero, Medellín, Barranquilla et Cartagena. Depuis l'une de ces bases, avec l'appui de la technologie et du personnel des Etats-Unis, la Colombie a lancé son attaque contre l'Equateur au début de 2008. Les Etats-Unis ont le contrôle total sur ces enclaves. Ainsi, l'agence EFE de Bogota informe que "Le 22 avril l'ambassadeur des Etats-Unis en Colombie, William Brownfield, s'est réuni avec le ministre colombien de la Défense, Juan Manuel Santos, pour lui communiquer que le Département d'Etat a décidé de "lever le veto appliqué depuis janvier 2003 à la base aérienne de Palanquero, au centre du pays, qui était sanctionnée depuis 1999 lorsque des avions qui avaient décollé de cette base bombardèrent par erreur un village et tuèrent 18 agriculteurs." Les Etats-Unis sanctionnent, imposent ou lèvent des vetos sur les bases militaires en territoire colombien, et ses soldats sont exempts des lois colombiennes. Il faut désormais ajouter à cette collection d'enclaves les bases de Malambo, Palanquero, Apiay, Tumaco, Bahía Málaga, Tolemaida et Fuerte Larandia.

La résurrection de Manta

Le "Commando Sur" a obtenu du régime du Président équatorien Noboa la base Aérienne de Manta sur la cote du Nord-est, qui dominait la région du Putumayo et étendait la surveillance aérienne sur toute la région andine et fournissait des données d'Intelligence à l'armée colombienne et aux escadrons de la mort entrainés et dirigés par les USA. Selon Pace, Manta "est la clef pour réajuster notre zone de responsabilité, notre architecture (l'appareil militaire) et pour étendre la portée de notre couverture aérienne de DM et T (Détection, Contrôle et Suivi) dans les Zones Sources (de production de drogues)" (Zibechi, 2005). Le président Correa donna l'ordre catégorique de désoccuper Manta. À sa place, les Etats-Unis projettent d'installer 2 bases supplémentaires de capacités égales en Colombie, dont une à Cartagena pour les opérations de la IVème flotte de l'Atlantique.

Un demi-million d'effectifs

La Colombie en 2007 possède 459 687 fonctionnaires occupés à la Défense et Sécurité et dépense chaque année 6,5% de son PIB dans la guerre, quelques 22 milliards de dollars, selon Juan Camilo Restrepo et Pedro Medellín (Semanario VOZ, edition 2427, cit. par Álvaro Angarita: “Crece el gasto militar. Guerra devora el presupuesto”; 27-2-2008 www.geocities.com/vozxcol/voz.pdf). En 2009 le Département d'Etat a dépensé 520 millions de dollars dans le Plan Colombie. Quelqu'un croit-il vraiment que ce formidable déploiement de la première puissance militaire du monde, en association avec le pays le plus militarisé d'Amérique Latine, a pour objectif de dérouter 10 000 insurgés et quelques trafiquants? Il a pour cible les réserves d'hydrocarbures, d'eau et de biodiversité du Venezuela, de l'Equateur et du Brésil.

Des bases inutiles

L'objectif est inutile. Ni la Colombie ni les Etats-Unis ne peuvent dominer avec succès le démesuré Brésil et ses alliés. Les bases sont bonnes pour l'espionnage, les attentats et les interventions mais elles ont des limites. Cela fait plus d'un siècle que les Etats-Unis maintiennent l'enclave de Guantanamo à Cuba. Ses marines n'en sortent pas car ils savent qu'ils trouveront la résistance compacte d'un peuple irréductible. Il est difficile de suivre la voie pacifique quand l'adversaire choisit la violence. Avant de s'occuper des bases extérieures occupons nous à organiser la résistance et déshabiliter les enclaves de l'Empire dans notre pays. Le peuple armé ne sera jamais humilié.




8 juin 2009

Médias et Contre-Révolution




Le titre qui précède est redondant. Le capitalisme est contre-révolutionnaire; les medias qu'il possède ou finance tendent à l'être aussi. De la même façon qu'ils dominent notre production matérielle, les monopoles étrangers contrôlent une grande partie de notre diffusion. CNN régit l'information télévisée, suivie par ABC, NBC et CBS. Cisneros Group of Companies est associé aux transnationales GM Hughes Electronics Corp des Etats-Unis, TV Abril du Brésil et Multivisión du Mexique. Pour nous fortifier en tant qu'émetteurs, les latino-américains devons installer de nouvelles agences d'information. Fixer des limites brèves et précises pour la durée des concessions de l'espace radioélectrique. Réguler ou limiter les conditions dans lesquelles le capital étranger peut participer dans les moyens de communication latino-américains. Stimuler la création de publications, stations de radio et chaines de télévision de service public et de réseaux alternatifs et communautaires qui compensent la prépondérance des moyens de communication privés

Medias


L'Amérique Latine représente 10% de la population mondiale, et seulement 8,2% des journaux: la moitié de ceux qui circulent dans le Tiers-Monde. La propriété de ses moyens est extrêmement concentrée, tant verticalement qu' horizontalement. C'en est ainsi pour les plus de 5000 émetteurs AM de la région, et pour les quasiment 2 milliers de chaînes de télévision. La proportion d'émetteurs du service public ou alternatifs est insignifiant. En 1998 las pays les plus développés, qui comptent seulement pour 15% des habitants de la planète, représentent 88% des usagers d'Internet. Les Etats-Unis, avec seulement 5% de la population mondiale, compte plus de 50% des usagers. L'Amérique Latine et les Caraïbes comptent seulement un pourcentage de 0,8% d'usagers de la toile en relation avec sa population, selon le Rapport sur le Développement Humain de l'ONU de 1999. Nous, latino-américains, devons élargir nos efforts pour éduquer les audiences dans l'usage discriminatoire et rationnel des moyens de communication. Exiger que la propriété de la majorité de ces moyens de communication soit sociale, ou au moins nationale ou de latino-américains. Nous devons créer des régimes de libre circulation et commerce des biens culturels produits dans la région. Établir des accords entre nos pays pour financer et employer conjointement les technologies de transmission, comme les satellites de communication et la fibre optique, et élargir drastiquement nos capacités et moyens en ce qui concerne l'informatique, de laquelle dépendra de façon croissante la communication du futur.

Codes


Les moyens de communication divulguent ce qu'ils considèrent d'une importance mineure seulement avec le code linguistique. L'idéologie et la politique en lettre d'imprimerie ou en émission radiale. L'élévation du message culmine avec le code Roi de la publicité, renforcé par la musique, l'intonation, la gestuelle, les costumes, la scénographie et les codes magiques du montage, les effets spéciaux et la séduction subliminale, appliqués aussi à la propagande politique. Nous devons gérer les possibilités d'intégration et d'élévation de codes pour la création de messages qui collent à notre réalité. Encourager une éducation qui permette la décodification des messages et la critique de l'idéologie latente en eux. Défendre le castillan, le portugais et les diverses langues étrangères ou indigènes qui font partie des identités latino-américaines et caribéennes.


Récepteurs

L'intégration de l'Amérique Latine et des Caraïbes passe par l'intégration de ses moyens de communication, et le premier de nos changements révolutionnaires doit être de les soumettre à un contrôle social. Nous devons terminer le processus d'alphabétisation afin d’incorporer la majorité des latino-américains au plaisir de la communication écrite. Donner des cours sur la sélection et l'interprétation des messages des moyens de communication. Donner du pouvoir aux organisations sociales populaires, coopératives et comités d'usagers, pour corriger les déviations et les pathologies des medias et exiger des changements dans la législation relative à ces moyens. Convertir les récepteurs en émetteurs en créant des moyens de communication alternatifs et en obtenant, par loi ou pression sociale, des espaces dans les moyens de communication conventionnels.

Messages


Le rapport des Nations Unies de 1999 sur le Développement Humain révèle qu'à la fin du 20ème siècle l'Amérique Latine importait 70% de sa programmation télévisuelle: 62% en provenance des Etats Unis et 8% d'Europe et d'Asie, et ne produit qu'a peine 30% de sa programmation. La quantité d'importations d'origine latino-américaine est d'à peine 12%. Les normes protectionnistes de la production nationale ne sont quasiment jamais respectées. Communiquer c'est retransmettre les messages de la métropole. Pour les Etats-Unis, la majeure industrie d'exportation est celle des films et des téléfilms, lesquels collectent plus de 30 milliards de dollars à l'extérieur en 1997. Un Tiers des films projetés en Europe provient des Etats-Unis, alors que les Etats-Unis importent seulement 1% des films projetés (PNUD 1999). Celui qui domine la communication dirige les divertissements, celui qui dirige les divertissements tyrannise la culture. La crise du capitalisme est la crise de ses medias: il faut construire le nouveau par dessus ses ruines. Nous devons passer de la dénonciation des moyens de communication contre-révolutionnaires à la création de messages révolutionnaires, informatifs, éducatifs, de divertissement. Rejeter les programmes réactifs qui recyclent les thèmes de l'adversaire, éliminer l'agression du public exercée par les medias privés à travers de l'interruption systématique, le rabâchage de pages de publicité répétitives, la destruction des programmes avec des images insérées. Retirer les privilèges douaniers pour l'importation de téléfilms et de programmes mis en conserve. Investir les fonds ainsi épargnés dans nos créations. Et faire respecter les normes, comme la "Ley Resorte", qui protègent la production nationale, ainsi que restructurer les organismes qui, bien qu'ils soient obligés de le faire, ne font pas respecter ses lois.
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Texte de Luis Britto Garcia

Traduction par R. V. (me contacter pour éventuelles améliorations)

Pour voir la version originale cliquez ici

8 avr. 2009

Qui paiera les pots cassés ?




1.

Que sont devenus les néolibéraux? Après avoir fait disparaitre un quart de la richesse du monde, ce sont eux qui ont disparu. Ils ne prêchent plus que la toute-puissance du capital conduit au ciel, car elle nous a précipité en enfer. Ils ne protestent pas non plus contre l'intervention de l'Etat, car celui-ci leur envoie des gilets de sauvetage dorés pour les récompenser d'avoir causé le déluge. Et encore moins nombreux sont ceux qui proposent la dérégulation, car l'anarchie de la concurrence est l'arme avec laquelle ils se sont entre-tués. Ils insistent seulement sur le fait que c'est le travailleur qui doit payer les pots cassés. Comme l'a dit Eduardo Galeano, "le socialisme, après tout, n'est pas si mauvais quand il s'agit de socialiser les pertes".

2.

Toute catastrophe dépouille l'ordre qui l'a produit. Durant le naufrage du Titanic, l'accès aux canots de sauvetage a été interdit aux marins, aux deuxième et troisième classe, aux domestiques et aux mécaniciens et à l'orchestre qui égaya le naufrage. Source de tout profit, le travailleur est aussi la solution de toute perte. "Le sacrifice doit être partagé", a dit la FEDECAMARAS (Federation des chambres et associations de commerce et de production du Venezuela) après son désastreux exercice 2002, lorsqu'elle licencia des dizaines de milliers de travailleurs. La compagnie d'assurances AIG reÇoit 173 milliards de dollars d'aides financières, et elle affecte 450 millions de primes aux cadres supérieurs qui l'ont mené à la ruine. Le capitalisme sacrifie toujours ceux qui ont crée sa richesse

3.

En conséquence, les Etats.Unis envoient 3.600.000 travailleurs à la rue, pendant que l'Organisation Mondiale du Travail prévoit que, pour la fin de l'année 2009, 51 millions d'emplois supplementaires seront perdus dans le monde, et révèle des taux de chomage terribles dans les pays hégémoniques : 14.4% en Espagne, 8.1% en France, 8.1% aux Etats-Unis, 7.2% en Allemagne, 6.9% en Suède, 6.7% en Italie, 6.1% en Grande-Bretagne (Nelson D. Schwartz: “Empleos alterados”; The New York Times, 21-2-2009,p.3). Il y a 17,5 millions de chomeurs dans l'Union Européenne, et l'on en prévoit 3,5 millions supplémentaires en 2009.
La situation n’est pas meilleure pour les économies qui ont apporté de l’eau au moulin du capitalisme. En Chine, 20 millions de personnes ont perdu leur travail ; en Inde, rien qu’entre octobre et décembre 2008 il y a eu 500 000 nouveaux chômeurs. Pour l’Amérique du Sud, l’Organisation Internationale du Travail prévoit 2,4 millions de chômeurs supplémentaires en 2009. Le capitalisme ne peut plus générer d’emplois.

4.

Tout comme les spéculateurs se sont lancés dans la bagarre pour les gains, les travailleurs se battent pour le peu d’emplois qu’il reste. Pour se les réserver ils discriminent par sexe, race ou religion, endurcissent les lois sur l’immigration, ferment les frontières, appliquent des « Directives de retour » et érigent des « murs de la honte » contre les immigrants légaux et illégaux. La question de l’impossible retour se pose pour les 18 millions d’émigrés mexicains, les 5 millions de colombiens, les 3 millions de péruviens, le million et demi de salvadoriens, le million de nicaraguayens, les 800 000 équatoriens qui s’en sont allés à la recherche de travail dans les métropoles. La crise secoue les pays qui dépendent des remesas de leurs émigrés (remesa : l’argent que les émigrés envoient à leur famille restée au pays). Le Mexique voit se réduire les 4,224 milliards de dollars qu’il reçoit annuellement, idem pour le Brésil et ses 1,213 milliards, le Salvador et ses 1,086 milliards, la République Dominicaine et ses 847 millions de dollars. Le manque de remesas frappe aussi quasiment toute l’Afrique et une grande partie de l’Asie.

5.

Sans travail il n’y a pas de salaire ; sans salaire il n’y a pas de consommation. Les économies développées diminuent leurs importations en provenance des pays sous-développées : la crise se déplace vers les victimes habituelles. Obama lance le slogan « Buy American ! », qui signifie : « N’achetez pas aux autres pays ». C’est une condamnation à mort prononcée par le plus grand importateur du monde qui, en 2007, a acheté pour 1 985 000 000 000 000 dollars à l’extérieur. La production des pays périphériques ne rencontre plus de Demande, les prix de leurs produits tombe en chute libre, leurs usines ferment, leurs travailleurs sont à la rue.

6.

Mais, à leur tour, les pays en voie de développement, affectés par la faillite de leurs entreprises et le chômage qui en résulte, restreignent leur demande d’importations de biens de pays développés. En 2007 les Etats Unis exportaient des biens pour un montant de 1 149 000 000 000 000 dollars. Una part significative de ces biens ne trouvera pas d’acheteur. Un grand nombre d’entreprises dédiées à la spéculation feront faillite. La crise est comme une spirale qui à chaque tour aggrave ses effets et, livrée à elle-même, étranglera ses boucles jusqu’à l’effondrement final.

7.

Une économie privée qui ne peut pas se sauver elle-même peut être sauvée par l’Etat. Mais ne nous y trompons pas : l’aide de l’Etat est elle-même payée par les travailleurs, premières et dernières victimes de tout. Les aides financières, les grandes œuvres publiques, les injections de crédit au système économique, mesures keynésiennes classiques et anticycliques, sont financées à travers des arbitrages eux aussi classiques : augmentation incontrôlée de la masse monétaire circulante qui dévalue la monnaie, création d’une dette publique qui devra être payée para une hausse des impôts, déficit systémique qui, en fin de compte, s’annule lui aussi avec une augmentation des obligations fiscales. Tout cela sortira du porte monnaie du citoyen.

8.

Lorsque la crise a éclaté, il existait 1,4 milliard de pauvres, 963 millions d’affamés et 198 millions de chômeurs, en tout 2,553 milliards de personnes, soit 38% des êtres humains dans uns situation précaire. La crise va élever ces chiffres. Si vous souhaitez savoir qui va la payer, regardez-vous dans le miroir.




Texte et photo de Luis Britto Garcia
Traduction par R. V. (me contacter pour éventuelles améliorations)
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