30 déc. 2009

Émigrant Américain




. Il y a 500 ans les européens émigrèrent, fuyant leurs famines et leurs guerres internes, ils mirent le monde à feu et à sang, emportèrent le butin en Europe et, aujourd'hui, ils ne veulent pas que l'on émigre la bas pour le partager.

. Au début du Troisième Millénaire, 54 millions de personnes migrent d'un pays vers un autre en Asie; 31,5 millions vont en Europe, 30 millions vers les Etats-Unis, 19 millions vers l'Afrique, 9 millions en Océanie et 9 millions en Amérique Latine et aux Caraïbes (Salker 2000).

. Aux Etats-Unis la statue de la liberté invite les sans-terre à entrer; à la frontière avec le Mexique le Mur de la Honte ferme le passage aux "Hispanos" dont les 40 millions d'émigrés constituent la minorité démographiquement la plus importante, punis par des cotisations, des exclusions et des discriminations qui rendent sa main d'œuvre bon marché

. Les Etats-Unis eux mêmes sont la cause de cet exode. Le comité de Santa Fe confesse que: "Le Traité de Libre Commerce a arraché les paysans et les indigènes de leurs parcelles et de leurs terres communales, en raison de la baisse des impôts sur l'importation de produits alimentaires provenant de l'industrie agricole nord-américaine et canadienne. Pour s'éloigner de leurs possessions ancestrales, ces gens prennent la direction du nord. Mais les industries frontalières - maquiladoras - ont un surplus de personnel et préfèrent employer des femmes, de sorte que les refugiés économiques continuent d'avancer vers les états frontaliers de Californie (37% de latinos), Arizona (22% en 1999, majorité en 2006), Texas (30%) et encore plus au Nord, dans le Middle-west, spécialement en Iowa et Minnesota (Santa Fe IV 2000).

. Les mexicains traversent la frontière avec les Etats-Unis pour trouver du travail dans le secteur agricole et manufacturier. Depuis les années 80 du siècle passé déjà, dans le document Santa Fe I, les assesseurs de la politique extérieure étasunienne montrait leur préoccupation d'un tel flux migratoire et affirmait que "les Etats-Unis et le Mexique doivent chercher une solution au flux de travailleurs sans papiers vers les Etats-Unis. L'objectif est d'offrir un emploi temporel pour un certain nombre de citoyens mexicains. La stricte application des quotas sera la responsabilité aussi bien des autorités mexicaines que nord-américaines." (Santa Fe I, 1980)

. Peu après, le comité Santa Fe insistait sur le fait que: "Les maquiladoras tout au long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique ont donné du travail à des centaines de milliers de mexicains. Cependant, il n'est pas sur qu'un tel bénéfice existe pour les travailleurs nord-américains. De plus, les millions de mexicains qui sont attirés vers le Nord, et dont les aspirations ne sont pas satisfaites, ont tendance à traverser la frontière vers les Etats-Unis; ce qui accélère encore l'immigration illégale." C'est pourquoi le Comité Sante Fe demanda une solution inhumainement exemplaire: "Les industries nord-américaines devraient considérer la possibilité de transférer ses maquiladoras beaucoup plus à l'intérieur du Mexique" (Santa Fe II 1988). Les Etats-Unis s'attribuèrent les compétences pour choisir la localisation des industries au Mexique, exactement en fonction de leurs propres problèmes migratoires.

. A la suite du Traité de Libre Commerce, près d'un million de travailleurs agricoles mexicains ont abandonné chaque année leur campagne, pour migrer vers les usines des villes frontalières ou aux Etats-Unis (Martínez Enríquez: “La globalización neoliberal y la libertad de movimiento” 2006, 143).

. Pour les récompenser d'avoir maintenu à flot l'économie étasunienne avec leurs salaires extrêmement bas, le projet de Loi sur l'Immigration de mars 2006 prévoit la déportation de millions d'immigrés, le refus de la nationalité étasunienne pour leurs enfants nés aux Etats-Unis, le doublement des effectifs des patrouilles à la frontière, la création d'un "mur virtuel" avec des caméras et ses senseurs ajoutés au "Mur de la Honte". Des mobilisations de millions de personnes ont obligé le Comité Judiciaire à approuver une modification qui permettra aux immigrants illégaux qui sont arrivés avant 2004 de continuer à travailler aux Etats-Unis (EFE: Últimas Noticias 29-3-2006, 63).

. Parallèlement à cela en Europe, dont les flux migratoires furent toujours généreusement accueillis en Amérique, on approuve une Loi du Retour pour l'expulsion compulsive des immigrés.

. Après les interventions des Etats-Unis à Puerto Rico et u Panama et à Haïti et en République Dominicaine et à Cuba et au Guatemala et au Nicaragua, des marées de citoyens de ces pays migrent vers l'agresseur. Les Etats-Unis soutiennent les dictatures d'Amérique du Sud, ce qui provoque la fugue d'un million et demi de personnes.

. Ces dernières années, près de 18 millions de personnes ont émigré du Mexique; 3 millions du Pérou, 1 million et demi du Salvador, un million du Nicaragua, 800 000 d'Equateur (Escudier, Juan: “¡Que se vayan todos!”, Question, julio 2005,14). Quelques 5 millions ont émigré de Bolivie et 4 millions de Colombie. Chaque fois que les Etats-Unis déstabilisent économiquement ou politiquement un pays ou une région, il doit faire face à une avalanche de réfugiés qui fuient le désastre.

. Pendant les 5 premières années du 21ème siècle, quelques 25 millions de personnes ont abandonné leur pays en Amérique Latine et aux Caraïbes, beaucoup de manière illégale. L'Argentine, le Brésil, Le Costa Rica et le Venezuela sont les pôles d'attraction pour l'immigration intra-régionale; le Mexique, la Colombie, l'Equateur et les pays des caraïbes sont ceux qui envoient le plus d'émigrés vers les Etats-Unis et l'Europe, surtout en Espagne. La 2ème source de revenu extérieur de l'Equateur provient de l'argent que ses émigrés envoient à leurs familles, et cela alors qu'il s'agit d'un pays exportateur de pétrole.

. En 1996, le Mexique est à la deuxième place parmi les 20 principaux pays en développement et en transition en ce qui concerne l'argent reçu par les émigrés, avec 4,22 milliards de dollars; le Brésil est à la 11ème place avec 1,21 milliards de dollars; le Salvador est à la 14ème position avec 1,08 milliards de dollars et la République Dominicaine est en position 17 avec 0,84 milliards de dollars. Ces 20 pays reçoivent 88% des remesas internationales (remesa = l'argent envoyé par les émigrés à leurs familles restées au pays)(PNUD 1999, 27).

. Dans certains pays de tels envois d'argent signifient un poids significatif de l'économie: à Haïti ils apportent 24% du Produit Intérieur Brut, 11% au Nicaragua, 10% au Honduras, 14% au Salvador et 10% en République Dominicaine (CEPAL 2005, 13).

. Selon la CEPAL, l'Amérique latine et les Caraïbes sont une des régions qui reçoit le plus de remesas. Durant l'année 2004 elles représentaient autour de 45 milliards de dollars, chiffre similaire au montant de l'Investissement Etranger Direct (IED) et largement supérieur à l'aide officielle pour le développement reçue dans la région. C'est en fait l'Amérique Latine et les caraïbes qui aident d'autres régions en leur apportant de la main d'œuvre déjà formée et productive à laquelle on ne reconnait aucun droit du travail ou humain.

. De cette façon, l'Amérique latine exporte son futur, des bras pour les récoltes jusqu'aux cerveaux pour la technologie de pointe. Ainsi, Carlos Lage, vice-président du Conseil d'Etat Cubain affirme: "Un million de scientifiques et de professionnels formés en Amérique Latine, pour un coût de quelques 30 milliards de dollars, vivent aujourd'hui dans des pays développés, et nous devons payer pour utiliser leurs innovations et leurs apports, ou nous en passer." Il n'est pas juste qu'il existe un libre flux de marchandises alors que les obstacles au libre mouvement de la force de travail sont croissants et que des nouvelles barrières, non-douanières, apparaissent dans les pays riches."(Lage 1999, cit. por Martínez Enríquez, 2006, 145).

. Les Etats-Unis et l'Union Européen ont désespérément besoin des bras bon marché de nos émigrés pour se battre dans leurs guerres impériales, faire marcher leurs industries et maintenir leur populations vieillissantes. Les lois discriminantes existent pour les maintenir en dehors des salaires justes, des Droits de l'Homme, de l'Humanité.


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Traduit par R.V. avec l'autorisation de Luis Britto Garcia. (me contacter pour une amélioration)
Article original en espagnol disponible ICI

15 déc. 2009

NARCOTRAFIC





Toute substance que nous incorporons altère notre corps et notre esprit
C'EST POUQUOI
Ingérer c'est choisir une perception et un état d'esprit
C'EST POURQUOI
Celui qui contrôle ce que nous ingérons nous contrôle
C'EST POURQUOI
Les substances hallucinogènes sont confisquées par la caste qui accapare tout ce qui est sacré
C'EST POURQUOI
Les substances qui excitent sont dosées par la caste qui parasite les efforts et le courage des autres
C'EST POURQUOI
Les substances qui réduisent en esclavage sont administrées para la caste esclavagiste
C'EST POURQUOI
L'obéissance devient une habitude
C'EST POURQUOI
L'habitude est obéissance
C'EST POURQUOI
Le contrôle des substances donne le Pouvoir
C'EST POURQUOI
Le Pouvoir contrôle les substances
C'EST POURQUOI
La succession des pouvoirs consiste en la modification des classes qui possèdent le contrôle des drogues
C'EST POURQUOI
Le capital réduit la drogue à une marchandise
C'EST POURQUOI
La drogue érige le capital comme souverain
C'EST POURQUOI
Les empires se forment en dévastant le monde pour obtenir les substances qui modifient les connaissances et les sentiments
C'EST POURQUOI
Les portugais ravagent l'Afrique et l'Asie au XVème siècle pour le thé et les épices, les espagnols dévastent l'Amérique au XVIème siècle pour le cacao, le tabac et le café
C'EST POURQUOI
5 Millions d'indigènes et d'africains, stimulés para la feuille de coca, meurent dans le Potosi, en excavant les 16 millions de kilos d'argent qui feront démarrer le capitalisme en Europe.
C'EST POURQUOI
Les anglais attaquent l'Inde en 1756 pour détruire ses cultures d'aliments et les remplacer par des cultures de cannabis et de pavot.
C'EST POURQUOI
Comme le racontait Thomas de Quincey, pour les anglais mourant de faim il revenait à moins cher de calmer leur faim en mangeant de l'opium que de la nourriture
C'EST POURQUOI
Si la religion est l'opium du peuple, l'opium est la religion des empires
C'EST POURQUOI
Les drogues qui rendent esclaves par addiction, comme l'opium, ou qui augmentent la résistance pour le travail, comme la cocaïne, soutiennent des empires mondiaux alors que les drogues qui ouvrent les portes de la perception, comme la mescaline ou la psilobicina sont des raretés poursuivies.
C'EST POURQUOI
La flotte anglaise impose à coups de canons la libre contrebande puis le libre commerce et attaque la Chine entre 1839 et 1860 pour l'obliger à acheter de l'opium
C'EST POURQUOI
L'armement qui impose le commerce de la drogue et la drogue qui finance l'armement deviennent 2 des plus grandes industries du monde.
C'EST POURQUOI
Après avoir quasiment épuisé le charbon du monde pour la fonte des armes et les chaudières des bateaux de la flotte impériale qui impose le libre trafic de drogue, les empires incluent parmi les 3 grandes industries du monde l'exploitation des hydrocarbures qui leur permet de fabriquer des armes et de propulser leurs bateaux.
C'EST POURQUOI
Selon le rapport mondial sur les drogues de 2005 de l'Office des Nations unies contre la Drogue et le Crime (UNODC), le marché global de la drogue atteint en 2004 322 milliards de dollars, ce qui représente 8% du total du commerce mondial (United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC): World Drug Report 2005; Vienne, Autriche: UNODC, Juin 2005, p. 127), alors que les autorités confisquent seulement entre 10% et 15% de l'héroïne et 30% de la cocaïne en circulation (Associated Press: "U.N. Estimates Drug Business Equal to 8 Percent of World Trade," 26 juin 1997)
C'EST POURQUOI
Selon le rapport de l'UNODC en 2003, 185 millions de personnes consommaient des drogues illégales, ce qui représente 3% de la population mondiale et 4.7% de la population entre 15 et 64 ans. 150 millions consommaient de la marijuana, 38 millions consommaient des amphétamines ou dérivés, 15 millions pour l'opium, 13 millions pour la cocaïne, 8 millions pour l'ecstasy, et l'Organisation Mondiale de la Santé estime que 250000 personnes meurent pour avoir consommé de la drogue en excès, soit 0.4% des morts.
C'EST POURQUOI
Le Gouvernement des Etats-Unis constate que ses citoyens dépensent 65 milliards de dollars chaque année en drogue, soit quelques 20 milliards de plus que dans l'alcool (Associated Press: "U.N. Estimates Drug Business Equal to 8 Percent of World Trade," 26 juin 1997)
C'EST POURQUOI
Selon Franck Pick, éditeur du Currency Yearbook, "les transferts du produit des ventes de drogues en dehors des Etats-Unis est possible grâce à une technique et à une connaissance spéciale ainsi que de connexions au sein du gouvernement et des agences de douanes. Un Tiers de l'argent circulant aujourd'hui appartient à l'économie clandestine" (Executive Intelligence Review: Narcotráfico S.A.; The New Benjamín Franklyn House, Nueva York,1985, p.262).
C'EST POURQUOI
La circulation de telles quantités d'argent, et l'entrée de volumes de substances illicites de plus en plus importants, dans un pays où les satellites surveillent chaque centimètre de la surface de la planète, où les radars suivent le trajet de chaque vol et où les systèmes d'espionnage peuvent entrer dans n'importe quel courrier électronique, prouve qu'il y a une complicité entre les trafiquants et les plus hautes instances du pouvoir
C'EST POURQUOI
Pendant la guerre du Vietnam les autorités étasuniennes ont maintenu d'énormes opérations parallèles de culture de pavot au Cambodge, et en 1984 des assistants directs du Président des Etats Unis trafiquaient de la drogue pour financer la contre-insurrection au Nicaragua et la déstabilisation du gouvernement en Iran
C'EST POURQUOI
Le complexe militaire industriel signalé par le président Eisenhower devient un complexe narco militaire industriel
C'EST POURQUOI
Pour faciliter la production et le trafic de drogue, une narco-économie, une narco-politique, une narco-stratégie, une narco-milice, une narco-culture, une narco-finance se développent dans les pays impérialistes et dans les pays soumis à une intervention impérialiste.
C'EST POURQUOI
Les pays vitaux pour le commerce transnational de la drogue sont victimes d'occupations impérialistes pour s'assurer de l'approvisionnement
C'EST POURQUOI
Le prétexte de combattre la drogue sert d'alibi pour renverser les gouvernements qui sont des obstacles pour la production ou le trafic de drogue.
C'EST POURQUOI
Les Etats-Unis envahissent le Panama en 1989 et place Guillermo Endara, dirigeant des principales banques laveuses de capitaux, comme président
C'EST POURQUOI
Les Etats-Unis, appuyés par leurs alliés européens, envahissent l'Afghanistan en 2001, légalisent la culture du pavot, et selon le rapport 2002 sur les drogues de l'UNODC, ce pays produit les trois quart de l'opium mondial et augmente sa production de 5%.
C'EST POURQUOI
Les Etats-Unis interviennent en Colombie avec plus de 7 000 milliards de dollars, tout type d'armements et PLUS d'un millier de combattants étasuniens, en mettant en marche les plans Colombia, Patriota et Victoria; et ce pays totalise en 2005 640 des 910 tonnes cubiques de production, 180 autres provenant du Pérou et 90 de Bolivie (United Nations Office on Drugs and Crime, "World Drug Report 2006, Volume 1:Analysis" ; United Nations: Vienne, Autriche, 2006, p. 82).
C'EST POURQUOI
Selon José Miguel Vivanco, directeur de Human Rights Watch en Amérique Latine, "le problème fondamental de la Colombie est que le gouvernement du président Uribe a mis en place une politique dite de `démobilisation de paramilitaires´. Ce processus est dirigé par les chefs paramilitaires, principaux capos du narcotrafic, qui ont obtenu des concessions à répétition de la part du président Uribe, qui leur permettent de laver leur fortune illicite (“La región vive una profunda crisis de seguridad pública”; Américaeconomía 10-3-2008, p.63).
C'EST POURQUOI
En 2004 92% de la cocaïne entre aux Etats-Unis en partant de la Colombie, via le Mexique, et le reste en provenance des Caraïbes, selon l'officiel de la DEA Antonio Plácido
C'EST POURQUOI
Jeffrey Davidov, ancien ambassadeur des Etats-Unis au Mexique, a confessé qu'une enquête réalisée en 1979 indique que 25 millions d'étasuniens, c'est à dire 14.1% de la population de plus de 12 ans, avait consommé des drogues au moins une fois dans le mois précédent l'enquête (http://www.usembassy-mexico.gov)
C'EST POURQUOI
Pour maintenir le flux de cocaïne des cartels mexicains de Juarez et du Golfe et les ports de vedettes rapides du Guatemala, on fortifie le couloir stratégique du Plan Puebla-Panama, qui connecte les Etats-Unis avec le Mexique et qui, avec l'appui des sicaires du Chiapas, des paramilitaires du Guatemala et des armées honduriennes et du Panama, relie l'enclave militaire du Plan Colombie.
C'EST POURQUOI
Toutes les forces du bloc de pouvoir des pays interventionnistes et des pays occupés se concentrent sur l'objectif de soumettre les autres pays au trafic, comme marchés pour la consommation, blanchisseurs de capitaux.
C'EST POURQUOI
Le Venezuela, pays sans production de drogue, devient, a son insu, route des trafiquants, proie des blanchisseurs de capitaux qui s'approprient des industries légales, comme le transport, ou illégales comme le narcotrafic et les casinos, objets d'une progressive invasion de paramilitaires qui exercent le crime contre les défenseurs sociaux, remplacent la pègre vernaculaire et établissent des enclaves dans les zones populaires, et objectif des plans de sécession et d'intervention dans le but de lui arracher les réserves d'hydrocarbures les plus riches de l'hémisphère.
C'EST POURQUOI
Ou nous nous défendons ou nous périssons


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Publication originale en espagnol sur le site http://luisbrittogarcia.blogspot.com

Traduit avec l'autorisation de l'auteur

14 déc. 2009

Concentration de Capital

Voici les histoires que l'on raconte la nuit devant les ruines des grands temples que l'on appelait usines.

Dans les usines, jour et nuit, nous travaillions pour créer les produits sacrés. Pour ce travail, nous recevions le talisman-argent que nous pouvions échanger contre les produits que nous mêmes fabriquions. Nous fabriquions toujours plus de produits que nous recevions de talismans. Par la suite, ils nous ont ordonné de fabriquer des produits automatiques qui fabriquent des produits. A la fin, tous les produits étaient fabriqués par des produits automatiques, eux même fabriqués par des produits automatiques. C'est ainsi que nous fûmes bannis des Usines Promises. Nous fûmes tous jetés de toutes les usines parce que toutes les usines se concentrèrent en un seul Capital Véritable. Le Capital Véritable privatisa toute l'eau, les mots, les êtres vivants. Une fois exclus de toutes les usines personne n'avait plus de talisman-argent pour acheter les produits sacrés. Comme personne ne pouvait les acheter, les produits sacrés s'accumulèrent derrière les murailles impénétrables des dépôts. A l'extérieur des murailles impénétrables des dépôts nous commencions à mourir et à nous dévorer. A l'intérieur des impénétrables murailles des dépôts, les produits finirent par pourrir ou par rouiller. Les produits automatiques qui fabriquaient des produits automatiques qui fabriquaient des produits se paralysèrent. Nous, travailleurs sans travail, commençâmes à nous consommer les uns les autres comme des produits. Il n'y avait aucun endroit pour chasser ou récolter comme en d'autres âges. Tous les terrains étaient de l'autre coté des murailles impénétrables des dépôts. Devant le temple fermé de l'unique Capital Véritable nous avons assisté au Sacrement. Ainsi, nous fûmes tous dévorés par Lui, les uns après les autres jusqu'au dernier nous nous sommes dévorés. Prenez et buvez, que ceci est mon sang. Prenez et mangez, que ceci est ma chair.



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Pour lire le texte original de Luis Britto Garcia c'est ici

16 nov. 2009

La Colombie envahie





Quand les insurgés ont mis en fuite les occupants étrangers le 7 aout 1819 à Boyaca, cela marqua la date culminante de la Colombie. Le 3 Novembre 1903, quand les troupes des Etats-Unis ont envahi le Panama, et le 30 Octobre 2009, quand Uribe a signé la convention en vertu de laquelle les Etats-Unis envahissent le reste de la Colombie, cela dénote ses pires abimes. Sondons leur profondeur.

UN ENVAHISSEUR NARCOTRAFIQUANT LUTTE CONTRE LE NARCOTAFIC

Le paragraphe 1 de l’article III de cette convention, qui prétend que l’installation de bases se fait « conformément aux accords bilatéraux et multilatéraux auxquels la Colombie et les Etats-Unis sont sujets, en particulier ceux qui sont en rapport à la lutte contre le narcotrafic et le terrorisme et sujets à l’ordre juridique de chacune des deux parties » est ridicule. C’est pour cela que des troupes des Etats-Unis occupent la Colombie, mais pas même un soldat colombien n’occupe les Etats-Unis, la plus grande puissance terroriste, trafiquante et consommatrice de drogues de la planète.

L’ENVAHISSEUR EN TERMINE AVEC L’ÉGALITÉ SOUVERAINE, L’INTEGRITÉ TERRITORIALE ET LA NON-INTERVENTION

Le paragraphe 4 de l’article III de cette convention, qui dispose qu’il devra s’accomplir « de façon à ce que soient respectés les principes d’égalité de souveraineté, d’intégrité territoriale et de non-intervention dans les affaires internes des autres Etats » est insolent. Tout ces principes sont violés quand un Etat en occupe un autre, déclarant ses troupes immunisés face aux lois du pays envahi, créant dans ce pays un réseau de communications autonomes, assujettissant le territoire de ce pays à un contrôle militaire, et menant à bien tout type d’opérations belliqueuses dans ce pays et contre les Etats limitrophes.

DES ENVAHISSEURS DOTÉS DE L’IMMUNITÉ DIPLOMATIQUE

Le paragraphe 1 de l’article VIII précise que « la Colombie donnera au personnel des Etats-Unis et aux personnes en charge, les privilèges, exemptions et immunités qui sont données au personnel administratif et technique d’une mission diplomatique, comme indiqué dans la Convention de Vienne. » Mais, la Convention de Vienne se réfère spécifiquement au personnel administratif et technique de missions diplomatiques, et c’est une violation que de prétendre donner ces privilèges, exemptions et immunités à du personnel qui n’exerce pas de fonctions diplomatiques, mais militaires, et qui, selon l’article XV de la convention, porte des uniformes militaires et des armes.

DES ENVAHISSEURS SUSPECTÉS D’ACTIVITÉ CRIMINELLE

Au cas où il y avait encore des doutes, le paragraphe 3 de l’article VIII précise que « la Colombie garantie que ses autorités vérifieront, dans les plus brefs délais, le statut d’immunité du personnel des Etats-Unis et de leurs personnes à charge qui seraient suspectés d’activité criminelle en Colombie, et qu’elles les rendront aux autorités appropriées, diplomatiques ou militaires, des Etats-Unis, le plus rapidement possible ». Cette norme confirme que l’on cherche à garantir l’impunité pour les militaires étasuniens « suspectés d’une activité criminelle en Colombie ». Ce privilège viole l’égalité face à la Loi présente dans l’article 13 de la Constitution de ce pays, ainsi que la souveraineté de juridiction de ses tribunaux en les empêchant de pouvoir décider d’ « une activité criminelle en Colombie » et elle est à l’origine des délits commis par les envahisseurs. Mais il ne confère pas d’impunité similaire pour les militaires colombiens qui commettraient des délits aux Etats-Unis.

L'ENVAHISSEUR EMPLOIE LES ENVAHIS COMME GESTIONNAIRES

Selon l’article XIII, la Colombie assume le coût des services publiques requis par les envahisseurs, et selon l’article XIV « les Etats-Unis, le personnel des Etats-Unis, les sous-traitants des Etats-Unis et les employés des sous-traitants des Etats-Unis qui réalisent des activités dans le cadre du présent accord, recevront toute la collaboration nécessaire des autorités colombiennes pour les démarches, sans retard, et les processus administratifs ». Nous avons donc l’Etat de notre République Sœur qui est converti en gestionnaire des démarches administratives des forces d’occupation. De plus, dans l’article XX, il donne le droit aux Etats-Unis de créer un nouveau système de communication par radio et télévision « sans démarche ni concession de licence et sans aucun coût. »

L’ENVAHISSEUR S’APPROPRIE L’APPAREIL DE COMMUNICATION

Selon l’article XX, les Etats Unis peuvent créer leur propre système de communication en Colombie « sans démarche ni concession de licence et sans aucun coût. » Ainsi, « ils pourront mettre en place des stations satellitaires réceptrices pour la diffusion de radio et de télévision ». Donc, la Colombie cède son droit sur le spectre radioélectrique et les télécommunications, sur son territoire, et autorise les envahisseurs à créer un système de communication parallèle.

L’ENVAHISSEUR NE PAYE PAS D’IMPOTS

Selon le paragraphe 1 de l’article X, « la Colombie exonère les Etats Unis, et les sous-traitants des Etats-Unis, sauf les citoyens colombiens et les étrangers ayant une résidence permanente en Colombie, de tout les droits de douane, taxes, impôts et autres contributions qu’ils devraient payer en Colombie, pour l’importation, acquisition et utilisation de biens en Colombie, et sur les fonds qui sont utilisés en Colombie pour les activités effectuées en conformité avec le présent Accord. » Cette clause annihile la souveraineté tributaire de la Colombie, qui consiste en le droit inaliénable d’établir et de recevoir des impôts pour les activités économiques réalisées sur son propre territoire. Il faut signaler, honteusement, que l’infâme Traité contre la Double Imposition entre les Etats-Unis et le Venezuela dispose d‘ une clause similaire, d’abdication du pouvoir du Venezuela de recevoir des impôts des entreprises et citoyens étasuniens qui réalisent une activité économique dans notre pays. Sommes-nous donc un pays occupé ? Ou les Etats-Unis nous imposent-ils leur volonté sans avoir besoin de nous envahir ?


L’ENVAHISSEUR N’EST PAS SOUMIS AUX TRIBUNAUX


Selon l’article XXIV, s’il y a des désaccords sur l’application de la convention « les controverses ne seront soumises à aucune cour ou tribunal national ou international, ni à aucun organisme similaire, ni à des tierces parties, pour leur résolution, sauf en cas d’accord mutuel entre les parties. » A travers cet article, la Colombie renonce à son droit souverain de résoudre avec ses propres tribunaux les controverses sur les contrats d’intérêt public. Rappelons qu’une sentence du Tribunal Suprême du Venezuela annule la souveraineté juridictionnelle de notre pays en soutenant que les controverses sur nos contrats d’intérêt public peuvent être décidés par des tribunaux ou des organismes d’arbitrage étrangers, comme cela se passe dans le cas de EXXON. Sommes-nous donc un pays occupé ?

Ou certaines autorités nous considèrent comme un pays occupé ? Décidons-le.


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Cette article a été traduit avec l'autorisation de Luis Britto Garcia.
L'article original se trouve ici

Merci de me contacter pour toute proposition d'amélioration de la traduction.

R.V.

28 sept. 2009

Instituts d'Etudes Latino-américains et cercles de pensée




1

Nos pays s'ignorent les uns les autres car on leur enseigne à s'ignorer. Comme l'a justement signalé José Martí: "Connaitre c'est résoudre. Connaitre le pays, et le gouverner en fonction de ces connaissances, est l'unique façon de le délivrer des tyrannies. L'université d'Europe doit laisser sa place à l'université d'Amérique. L'histoire de l'Amérique, des incas jusqu'à aujourd'hui, doit être enseignée sur le bout des doigts, même si pour cela on n’enseigne pas l'histoire de Grèce. Notre Grèce est préférable à la Grèce qui n'est pas à nous. Elle nous est plus nécessaire!"

2

Pour cela, il est indispensable de créer et maintenir un réseau efficace d'instituts d'études d'Amérique Latine et des Caraïbes. D'autre part, j'ai déjà souligné que c'est dans notre région qu'il y a le moins de possibilités pour l'étude de Notre Amérique. Il y a à peine une vingtaine d'instituts spécialisés dans ce thème dignes de ce nom : le Centre d'Etudes Latino-Américaines Rómulo Gallegos, l'Institut d'Etudes Hispano-américaines de l'Université Centrale et l'Institut des Hautes Etudes d'Amérique Latine de l'Université Simon Bolívar au Venezuela; Le Centre de Coordination et de Diffusion d'Etudes Latino-Américaines de l'Université Autonome de Mexico; la Fondation Getulio Vargas du Brésil, l'Institut National d'Anthropologie et de Pensée Latino-Américaine de Buenos Aires, l'Institut d'Etudes Interaméricaines de l’ Université Catholique d'Equateur, le Centre d'Etudes de l'Amérique, le Centre de Recherche des Caraïbes et la Maison des Amériques à Cuba. Mais de manière générale il n'y a pas, ni dans nos universités, ni dans nos organismes régionaux, de programmes multidisciplinaires permanents qui l'étudie dans son ensemble. À l'inverse, aux Etats-Unis, il y a plus de 200 instituts d'études latino-américains, et le National Directory of Latin Americanist reçoit plus de 3000 étudiants de la région. Il y a un demi-millier de spécialistes en matière d'Amérique Latine en Europe selon les registres bibliographiques compilés par Adrián Van Oss. Il y a en Espagne 5 instituts de première importance consacrés à l'Amérique Latine, 3 en France, 6 en Angleterre, 8 en Italie, 10 en Allemagne, 6 au Japon. Ce sont des données qui datent de plusieurs décades, les chiffres ont du augmenter d'un tiers minimum. L'Amérique Latine et les Caraïbes semblent être un objet d'études primordial pour tout le monde, sauf pour nous.

3

La survie culturelle - qui est, au final, survie politique et économique - de nos pays requiert que dans chacun d'eux il y ait au moins un institut culturel d'études latino-américaines de portée continentale, et un institut académique, qui coordonnent les études de spécialisation en la matière, les 2 avec des programmes de recherche systématiques sur la région et avec des publications et des activités, en relation continue d'échange, de diffusion et d'appui mutuel avec les entités similaires dans la zone et dans le monde. Seulement ainsi nous cesserons de nous ignorer, de nous détacher et de laisser aux autres les connaissances de tout ce qui nous concerne
4

De la même manière qu'il y a un manque d'instituts d'études sur l'Amérique Latine et les Caraïbes, il ressort aussi dans la région une pénurie relative de groupes d'études interdisciplinaires dédiés à l'analyse de problèmes spécifiques de la région ou sur le développement de politiques à long terme qui lui soient applicables: ce que les anglo-saxons appellent "Think Tanks" ou « cercles de pensée ». La revue Foreign Policy du 13-01-2009 dans son étude “The Think Tanks and Civil Societies Program 2008: The Global Go-To Think Tanks. The Leading Public Policy Research Organizations In The World”, fait ressortir le fait qu'aux Etats-Unis il y a 1777 instituts de la sorte en fonctionnement, 283 en Angleterre, 186 en Allemagne, 165 en France, 121 en Inde, 107 en Russie, 105 au Japon, 94 au Canada et 87 en Italie, et curieusement il précise qu'il y a 122 centres en Argentine mais ne fournit aucune donnée en ce qui concerne le reste de l'Amérique latine et des Caraïbes, en oubliant de mentionner, entre autres, la prestigieuse Fondation Getulio Vargas du Brésil. Il existe 5467 instituts de la sorte dans le monde; la grande majorité aux Etats-Unis; rien qu'à Washington il y en a 350, plus que dans n'importe quel autre pays au monde. Entre eux figurent les influentes Rand Corporation, Heritage Foundation, Cato Institute, Human Right´s Watch et Center for American Progress, toutes avec de généreuses dotations multimillionnaires (http://www.foreignpolicy.com/story/cms.php?story_id=4598).

5

Du fait de leur capacité à inspirer des politiques et à former les hommes pour les mettre en œuvre, les cercles de pensée ont été surnommés “governments in waiting” (gouvernements en attente). De ces cercles ont surgi des directrices comme les Rapports du Comité de Santa Fe ou ceux du "Nouveau Siècle Américain". James McGann a compilé un catalogue de ces instituts, où il signale que 538 d'entre eux sont en Amérique Latine et aux Caraïbes, entre autres le Conseil Argentin pour les Relations Internationales (Argentine); La Faculté latino-américaine de Sciences Sociales (Costa Rica); Liberté et Développement (Chili); Le Centre d'Etudes Publiques (Chili); le Centre de Mise en Place de Politiques Publiques pour l'Equité et la Croissance (Argentine) (McGann, 2009). La majorité d'entre eux opère dans le Cono Sur; et sont probablement conservateurs. En 2008 a commencé à fonctionner au sein de la Fondation Institut d'Etudes Avancées (IDEA) du Venezuela un centre de Recherches Théoriques (CENIT) destiné aux études interdisciplinaires pour la coordination entre les politiques de recherche es sciences exactes et des sciences sociales. Une fois de plus, la disproportion entre les instituts qui travaillent dans notre région et ceux qui opèrent aux Etats-Unis est évidente. L'Amérique Latine et les Caraïbes doivent multiplier les institutions interdisciplinaires qui peuvent générer de nouvelles idées et de nouveaux projets pour son complexe avenir. C’est en pensant au futur que nous pouvons le controler.
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Liste en espagnol des instituts mentionnés :
Centro de Estudios Latinoamericanos Rómulo Gallegos (Venezuela)
Instituto de Estudios Hispanoamericanos de la Universidad Central (Venezuela)
Instituto de Altos Estudios de América Latina de la Universidad Simón Bolívar (Venezuela)
Centro Coordinador y Difusor de Estudios Latinoamericanos de la Universidad Nacional Autónoma de México (Mexique)
la Fundaçao Getulio Vargas (Brésil)
Instituto Nacional de Antropología y Pensamiento Latinoamericano de Buenos Aires (Argentine)
Instituto de Estudios Interamericanos de la Pontificia Universidad Católica (Equateur)
Centro de Estudios de América (Cuba)
Centro de Investigaciones del Caribe (Cuba)
Casa de las América (Cuba)
Consejo Argentino para las Relaciones Internacionales (Argentine)
Facultad Latinoamericana de Ciencias Sociales (Costa Rica)
Libertad y Desarrollo (Chili)
Centro de Estudios Públicos (Chili)
Centro de Implementación de Políticas Públicas para la Equidad y el Crecimiento (Argentine)
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Article original : ici
Traduit par R.V. avec l'autorisation de Luis Britto Garcia
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21 sept. 2009

La Science que nous voulons




1.

Quels scientifiques voulons-nous? Que science voulons-nous? C'est une question aussi basique et difficile que de nous demander quelle vie nous souhaitons. Mais peut-être est-ce la même question ? Nous aspirons à une existence infinie qui embrasse tout; nous sommes condamnés à une autre existence, transitoire et confinée à des options limitées. Notre choix d'un projet de vie ou de science est déterminé par les modèles que nous souhaiterions imiter, mais aussi par nos capacités, l'environnement, les opportunités et les biens dont nous disposons.

2.

Kant affirme que l'Histoire est le processus de réalisation de la potentialité de l'homme. Je veux tous les scientifiques et toute la science que nous pourrions avoir. La connaissance nous constitue en tant qu'êtres humains. Nous voulons une société la plus humaine possible, dans laquelle la majorité des habitants et des ressources soient dédiés à la connaissance. Le problème du chercheur, ou de celui qui met en place une politique scientifique, est similaire au problème auquel l'économiste fait face: établir la relation optimale entre les besoins et les biens avec lesquels ces besoins peuvent être satisfaits. Les nécessités économiques sont potentiellement infinies. C'est aussi le cas des problèmes à élucider pour la science. Cela requiert l'établissement d'une hiérarchie aussi bien entre les nécessités qu'entre les biens.

3.

La Science ne se produit pas dans le vide. La société met à disposition du scientifique du temps pour ses travaux, des instruments, des récompenses. Mais même le chercheur fait face à une restriction des options. Il ne peut pas choisir toutes les disciplines à la fois. A l'intérieur d'une discipline il ne peut pas non plus traiter toutes les spécialités ni tous les problèmes. Le problème de la relation entre fins et moyens est partagé par tous les chercheurs et toutes les sociétés. Comment les sociétés établissent-elles cette relation? Sur ce sujet Oscar Varsavsky signale que "il n'est pas possible d'avoir une politique éducative cohérente - universitaire ou non - si ce n'est dans le cadre de référence d'un Projet National à long terme, avec des caractéristiques idéologiques et des objectifs concrets bien définis (Hacia una política científica nacional 2006,64). Les projets nationaux régissent les politiques éducatives et scientifiques dans la mesure qu'ils déterminent l'assignation des ressources.

4.

De telles politiques devraient comprendre la préservation et la conservation de la connaissance et de ceux qui la créent. Elles devraient inclure des normes pour protéger les savoirs traditionnels accumulés et les codes génétiques des espèces endogènes face aux brevets et aux intérêts étrangers. Elles devraient stimuler les scientifiques formés dans le pays à poursuivre leur carrière ici. Carlos Lage affirme que "Un million de scientifiques et de professionnels formés en Amérique Latine, pour un coût de 30 milliards de dollars, vivent aujourd'hui dans les pays développés et nous devons payer pour leurs innovations et apports scientifiques, ou nous en passer." (Lage 1999, cit. por Martínez Enríquez, “La globalización neoliberal y la libertad de movimiento: paradojas conceptuales y prácticas” 2006, 145)

5.

L'Amérique Latine et les Caraïbes sont loin d'appliquer toutes leurs capacités de recherche scientifique de manière optimale pour répondre à leurs problèmes les plus urgents. Une malédiction semble éloigner l'impartialité scientifique de la pauvreté humaine. Le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) informe qu'actuellement seulement 10% des dépenses totales en recherche et développement de médicaments est dirigé aux maladies des 90% de la population la plus pauvre. (PNUD 2003,12). Jean Ziegler note que les pays du Tiers Monde, qui représentent 85% de la population de la planète, représentent seulement 25% du marché pharmaceutique. Il ajoute qu'entre 1975 et 1996 les grands laboratoires pharmaceutiques ont développé 1223 nouvelles molécules, dont seulement 11 sont applicables au traitement de maladies tropicales. Une telle négligence est d'autant plus nocive que des maladies comme le paludisme, la tuberculose, la maladie du sommeil et la fièvre noire, qui avaient quasiment disparu entre 1970 et 1980 grâce aux campagnes d'organismes comme l'Organisation Mondiale de la Santé, ont ressurgi, de telle façon qu'en 2001 la maladie du sommeil a tué 300 000 personnes, la tuberculose 8 millions, et que toutes les 30 secondes un enfant est mort de paludisme (Los nuevos amos del mundo 2003, 73).

6.

Le PNUD signale aussi que la recherche agricole est sous-équipée, parce que beaucoup de pays à revenus faibles utilisent à peine 0,5% de leur PIB agraire à la recherche agricole, et l'utilisent pour des projets sur les cultures à forte valeur commerciale et sur les terres de meilleure qualité; alors que pour que cette recherche favorise les producteurs pauvres de terres marginales, elle devrait être centrée sur des projets comme les systèmes de multicultures, l'agriculture écologique, les variétés de graines de maturation précoce et les méthodes économiques de maturation du sol (PNUD 2003, 104). Pour ces raisons le PNUD conclue que "Etant donné que la majeur partie des efforts scientifiques ne tiennent pas compte des nécessités des pauvres, il est fondamental que la communauté scientifique internationale - avec à sa tête les laboratoires nationaux, les organismes de financement scientifique nationaux et les fondations privées - travaille avec des groupes de scientifiques dans les pays pauvres pour identifier les objectifs prioritaires en matière de recherche et développement et augmenter considérablement le financement" (PNUD 2003, 24).

7.

Quelles sont les garanties qu'une politique scientifique est correcte? La recherche est un pari contre l'inconnu; toute politique qui essaye de l'organiser doit se résigner à faire face à un certain degré d'incertitude. Tout processus cognitif à comme objectif, précisément, la réduction des incertitudes. Chaque société expose les problèmes qu'elle veut résoudre, leur assigne des priorités et des ressources et les aborde avec son style propre. La société influence la science. Mais la science influence aussi la société.

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La version originale de cet article se trouve ici

Traduit par R.V. avec l'autorisation de Luis Britto García

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8 sept. 2009

Guerre planifiée




1

Vous ne pourrez pas dire que je ne vous avais pas prévenu : cela fait des années que j'écris que tout pays qui possède des hydrocarbures aura une guerre dans le futur, et que le plan directeur des Etats-Unis est de créer un conflit entre la Colombie et le Vénézuela pour s'accaparer des ruines des deux pays. Mais un pronostic n'est pas une fatalité. Nous examinons déjà les faiblesses qui peuvent nous faire perdre. Nous étudions les forces qui peuvent nous sauver.

2

Un conflit contre le Venezuela est un conflit contre la région. Bolivar a dit que pour nous la Patrie est l'Amérique. L'intrusion de forces étrangères est une invasion pour nous tous. Les objectifs des bases militaires des Etats-Unis sont les hydrocarbures, l'eau douce et la biodiversité de l'Equateur, du Brésil et du Venezuela, et par la même de la Bolivie, du Paraguay, de l'Argentine et du reste de l'Amérique du Sud. Le Brésil est, selon les années, la sixième ou septième économie du monde, le huitième producteur d'armement, et avec ses 176 millions d'habitants on pourrait monter une armée, en partant de ses forces actuelles de 361 928 soldats, qui dépasserait largement les 459 687 soldats que compte le Budget de la Colombie en 2007. La grande armée de Napoléon s'est précipitée dans un abime dans l'immensité de la Russie; les 8 547 000 km2 du Brésil pourraient être la tombe de beaucoup de paramilitaires. N'importe quelle agression regrouperait toute la région autour du Brésil; l'Union Européenne, la Russie et la Chine feraient pression contre le déséquilibre des pouvoirs dans la région. D'autre part, Cuba serait de notre côté. Cuba qui à infligé une déroute aux Etats-Unis à Playa Girón et à l'apartheid en Afrique du Sud.

3

Le prétexte, ou l'alibi, pour ouvrir les portes à l'armée des Etats-Unis serait donc l'incapacité des forces colombiennes de soumettre quelques cartels de délinquants et un peu plus de 10 000 insurgés politiques. Au lieu de faire appliquer la loi, le pouvoir en place est entré dans l'illégalité, se transmuant en un pouvoir paramilitaire, parajudiciaire, parapolitique, narcopolitique. On ne peut prétendre contrôler le quartier quand on ne gouverne pas sa propre maison. Il n'y a pas de place pour deux coqs dans le même poulailler, et si deux armées partagent le même territoire c'est parce que l'une d'entre elle joue le rôle de la poule. Avant d'ouvrir la porte à un occupant étranger, le gouvernement qui a perdu le contrôle de la situation devrait démissionner pour incompétence, laisser le passage à son propre peuple souverain, le secteur qui a le plus souffert dans un conflit civil qui dure depuis plus de soixante ans. Un patriote peut renoncer au gouvernement, mais pas à la souveraineté.

4

Et en effet, dans la République voisine, une totale abdication de la souveraineté à eu lieu. Si l'on entend par Souveraineté le pouvoir inaliénable de se doter de lois propres, de les exécuter et de juger les controverses sur leur application, ces trois attributs n'existent plus pour le gouvernement - pas pour le peuple - d'un pays voisin. Le pouvoir de légiférer a expiré, car il a été livré par des accords secrets que le Président n'ose pas rendre publics. La faculté d'exécution des lois est décédée, car des soldats étrangers sous contrôle étranger s'attribuent le contrôle des insurgés et du narcotrafic, qui sont le ressort des pouvoirs publics locaux. Le droit à juger des controverses est mort, car les soldats étrangers jouissent d'immunité face aux lois de la République Sœur et ne peuvent être poursuivis par ses tribunaux.

5

Le propriétaire des bases étasuniennes sont les Etats-Unis. Projettent-ils de se plonger dans une nouvelle guerre? Ils sont déjà embourbés dans deux conflits majeurs. Les 2 ont commencé par de faux prétextes. Les 2 ont commencé avec la promesse d'une victoire en quelques semaines. Les 2 se trainent depuis plus de 6 ans. Dans les 2 ses forces sont démoralisées, se droguent, se suicident, désertent. Dans aucune des 2 le final n'est proche. Nous ouvrons à peine la chambre des horreurs et le monde s'épouvante face aux tortures, aux assassinats de civils, aux déportations en masse. Les Etats-Unis se débattent entre la crise financière, le chômage et la perspective d'une insurrection sociale.

6

Les bravades guerrières, les luttes martiales, le fait de se cacher derrière le policier du monde peuvent paraitre des projets napoléoniens, mais sur les pistes tout geste guindé dissimule des misères. La grandiloquente menace est la jonglerie de faire passer dans l'anneau un Traité de Libre Commerce et la réélection d'un équilibriste. Chacun est de la taille de ses stratagèmes.

7

Face à des intentions aussi mesquines évitons les grandes phrases. L'oligarchie voisine comprend le langage des faits. Il a suffit d'une défense énergique des eaux territoriales pour qu'ils retirent la frégate Caldas. Il a suffit d'un contrôle de la contrebande d'extraction pour qu'ils présentent des excuses pour l'enlèvement de Granda. Il suffira d'un filtre modéré de douanes pour que l'oligarchie, qui se nourrit de notre pétrole et de nos aliments subventionnés et exporte chaque année des biens pour une valeur de 6 milliards de dollars vers le Venezuela, tire les oreilles de son porte parole querelleur et l'envoie s'excuser telle une docile brebis. Entre les 2 pays il y a un tas d'intérêts, d'affaires et d'emplois qui ne peuvent être sacrifiés au nom de la stratégie de réélection d'un politique. Surveillons les bases militaires de l'autre coté de la frontière : détruisons les bases paramilitaires qui nous ont occupé sans avoir à tirer une balle. Ne concédons pas d'immunité judiciaire aux soldats étrangers, ni d'immunité judiciaire ou fiscale aux capitaux étrangers. Une Guerre planifiée tue ceux qui ne sont pas préparés.

8

Ceux qui servent d'instrument aux Etats-Unis se mettent la corde au cou. Les talibans et Saddam Hussein ont été armés par l'Empire, pour ensuite être bombardés et lynchés. C'est comme ca que le diable paye ceux qui le servent.

9

Pendant ce temps, fortifions-nous.